Manifeste contre l'antisémitisme : des musulmans dénoncent un procès "délirant"

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Manifeste contre l'antisémitisme : des musulmans dénoncent un procès "délirant"
Le recteur de la mosquée, Dalil Boubakeur, évoque un procès "injuste et délirant d'antisémitisme".@ MARTIN BUREAU / AFP
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La virulente tribune dénonçant "un nouvel antisémitisme" et appelant à expurger certains passages du Coran a provoqué l'indignation de responsables musulmans. 

C'est une tribune qui fait couler beaucoup d'encre. La Grande mosquée de Paris a dénoncé lundi un "procès injuste et délirant" instruit aux Français musulmans par le manifeste contre un "nouvel antisémitisme" publié dimanche dans Le Parisien et signé par 300 personnalités.

"Le procès injuste et délirant d'antisémitisme fait aux citoyens français de confession musulmane et à l'islam de France à travers cette tribune présente le risque patent de dresser les communautés religieuses entre elles", écrit le recteur de la mosquée, Dalil Boubakeur, dans un communiqué. "Dans tous les cas, nous, citoyens français de confession musulmane, souhaitons faire de la lutte contre l’antisémitisme et le racisme anti-musulman une cause nationale, afin d’éradiquer ces poisons extrêmement nocifs pour notre unité nationale", poursuit-il.

Un débat "nauséabond et funeste"

Le président de l'Observatoire national contre l'islamophobie, Abdallah Zekri a, lui, condamné un débat "nauséabond et funeste" sur l'islam et appelé les signataires de la tribune à cesser "d'accabler l'islam et les musulmans". Les responsables musulmans joints par l'AFP ne contestent pas la réalité de l'antisémitisme en France mais tous rejettent la virulence des termes et l'opprobre jeté, selon eux, sur l'islam.

"Épuration ethnique à bas bruit". Publié dans le Parisien, ce manifeste fustige l'essor d'une nouvelle forme d'antisémitisme alimenté par la "radicalisation islamiste" et responsable d'une "épuration ethnique à bas bruit" visant la communauté juive. Les signataires, dont l'ancien Premier ministre Manuel Valls et l'ex-président Nicolas Sarkozy, pressent notamment les autorités musulmanes de "frapper d'obsolescence" les versets du Coran qui appelleraient "au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants".

Un appel à "l'insurrection des bonnes volontés"

Cette référence, dans le manifeste, à des versets du Coran qui appelleraient au meurtre des non-musulmans fait grincer des dents. "Dire que le Coran appelle au meurtre, c'est très violent et c'est une ineptie !", estime Tareq Oubrou, imam de la Grande Mosquée de Bordeaux. "Le Coran est, à l'origine, en arabe. Je pense que ceux qui ont signé la tribune ont lu une traduction, une interprétation. Ca montre un manque de culture religieuse. N'importe quel texte sacré est violent, même l'Évangile !", assure le dignitaire religieux.

>> L'ancien ministre Luc Ferry, qui fait parti des signataires de cette tribune, a dénoncé sur Europe 1 une "purification ethnique" dans certains quartiers : 

Interrogé lundi sur France inter sur le risque d'une "stigmatisation" des musulmans,l'un des signataires, l'essayiste Pascal Bruckner, a assuré que le manifeste n'appelait "pas à la stigmatisation mais à l'insurrection des bonnes volontés et dans ces bonnes volontés, les musulmans réformateurs, les musulmans libéraux, les musulmans éclairés sont évidemment d'accord".


Que disent les chiffres officiels ? Les actes antisémites se sont affichés en repli en 2017 (-7%) pour la troisième année consécutive, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur. Mais cette baisse globale masque l'augmentation des faits les plus graves visant la communauté juive, qui représente environ 0,7% de la population mais est la cible d'un tiers des faits de haine recensés.