Manifestations de policiers contre la justice : "ces accusations ne sont pas fondées"

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La grogne des policiers ne faiblit pas et se tourne vers les services de la justice qu'elle accuse de laxisme. Une accusation infondée d'après une magistrate. 

Dans la nuit de mercredi à jeudi, des policiers ont de nouveau manifesté pour dénoncer leurs conditions de travail. Mais cette fois-ci, leurs revendications se sont également tournées vers le ministère de la Justice, dont ils ne relèvent pourtant pas. Ils accusent en effet les magistrats de laxisme. Les policiers de maintien de l'ordre, qui ont peu de contacts avec la justice, ont ainsi l'impression qu'ils s'échinent à arrêter des voyous pour rien.

Pour les magistrats, pas de laxisme qui tienne. Cette accusation de laxisme est récurrente et ne date pas des récentes agressions qu'ont subies les policiers que ce soit à Viry-Châtillon la semaine dernière ou à Vénissieux, dans la banlieue de Lyon, mercredi soir. "On ne voit pas sur quoi se fonde cette accusation de laxisme", répond Céline Parisot, secrétaire générale de l'Union Syndicale des Magistrats (USM), au micro d'Europe 1. "Ce n'est pas fondé sur des faits réels puisque les prisons n'ont jamais été aussi peuplées et qu'il n'y a jamais eu autant de détentions provisoires. Le quantum des peines augmente, c'est-à-dire que la peine moyenne prononcée par les tribunaux augmente, lentement mais sûrement."

Une parole policière sans cesse remise en cause. Autre motif de colère de la part des policiers, le sentiment que leur parole ne vaut pas plus que celle des accusés. Lorsqu'ils portent plainte pour insultes, les magistrats leur demandent des preuves, des enregistrements ou organisent des confrontations. "Ce sont des personnes assermentées donc leur parole a un poids qui est plus élevé parce que c'est prévu par la loi, un poids différent d'un citoyen lambda qui n'a pas prêté serment. Donc cela ne me paraît pas fondé non plus (comme accusation)", affirme Céline Parisot.

Des statistiques sur les agressions de policiers. Et pour comprendre les difficultés auxquelles ils sont confrontés, les policiers demandent l'établissement de statistiques sur les agressions qu'ils subissent et les peines infligées par les juges. La magistrate n'y voit pas d'inconvénient : "Assurons la plus grande transparence en la matière, on n'a rien à cacher. À mon avis, cela leur démontrera que les peines sont plus élevées puisque de toute façon c'est ce que prévoit la loi quand on s'attaque aux forces de l'ordre. On ne peut pas s'attaquer impunément à un uniforme."

"On est solidaires entre police et justice". "On comprend [la colère des policiers] parce qu'on a parfaitement conscience de leurs difficultés et qu'on est solidaires entre police et justice, contrairement à ce qui ressort des déclarations de certains. On a les mêmes difficultés matérielles et surtout ce sont eux qui sont au contact quotidien des populations de terrain, donc leur mission est plus difficile que la nôtre objectivement", insiste Céline Parisot. Les magistrats déplorent eux aussi le manque de moyens mis à la disposition de la justice et parfois même ses dysfonctionnements, auxquels ils tentent de remédier.

"Nous demandons depuis 2012, avec certains syndicats de police, une réunion intérieure de la justice pour faire le point sur toutes les améliorations qui pourraient être apportées notamment en matière procédurale. Et cela fait partie des propositions de M. Urvoas [le ministre de la Justice, qui a reçu des syndicats de police mercredi]. Ça va dans le sens d'une plus grande efficacité de la réponse pénale, de pouvoir simplifier les procédures et d'éviter trop de travail administratif."