Malforestation et surexploitation du bois : sommes-nous en train de tuer nos forêts ?

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Invité de Wendy Bouchard sur Europe 1, François-Xavier Drouet, réalisateur du documentaire "Le temps des forêts", dénonce "une forêt de plus en plus calquée sur le modèle agricole productiviste" en France.

LE TOUR DE LA QUESTION

En France, nous ne sommes pas confrontés au problème de la déforestation, mais plutôt à la malforestation, une notion plus méconnue. "On ne peut pas parler de déforestation en France aujourd'hui. La surface forestière est à peu près stable", explique François-Xavier Drouet, réalisateur du documentaire Le temps des forêts, au micro de Wendy Bouchard sur Europe 1. Il condamne en revanche "une forêt de plus en plus calquée sur le modèle agricole productiviste, avec de plus en plus de monoculture et des méthodes d'exploitation intensives tout à fait dommageables pour l'écologie".

"On fait des champs d'arbres." "On fait fausse route", abonde de son côté Georges Feterman, président de l'association A.R.B.R.E.S. Concrètement, "on fait des champs d'arbres" avec "un seul type d'arbre" et des forêts "complètement artificielles", ajoute François-Xavier Drouet.

Si Georges Feterman se félicite que la surface forestière augmente en France, "ce qui par rapport au reste du monde, est plutôt satisfaisant", en revanche, "dans des forêts comme celles-là, il n'y a rien qui marque la diversité (...) et les animaux, les insectes, les oiseaux le savent bien parce qu'ils n'y vont pas", pointe le président d'A.R.B.R.E.S. François-Xavier Drouet se lamente de constater "un silence de cimetière quand on rentre dans ces forêts" et s'interroge : "Est-ce qu'on peut appeler ça des forêts ?"

>> De 9h à 11h, c’est le tour de la question avec Wendy Bouchard. Retrouvez le replay de l’émission ici

"S'ils pouvaient avoir des arbres sans branches, carrés, ce serait parfait." "La société a besoin de bois et c'est important de répondre à nos usages en bois", reconnaît-il malgré tout. Mais "est-ce qu'on doit adapter la forêt à l'outil industriel qui s'est mis en place aujourd'hui ?", s'interroge encore François-Xavier Drouet. "Cet outil industriel, qui est devenu très concentré avec la disparition des petites scieries, demande des produits standardisés. (Les industriels) aimeraient bien que tous les arbres soient du même calibre. S'ils pouvaient avoir des arbres sans branches, carrés, ce serait parfait".

Et même le "sapin de Douglas", planté en masse en France "parce que ça pousse assez vite", "on ne le laisse pas aller à son optimum technologique", pointe François-Xavier Drouet. Ces arbres sont coupés "à 40 ans, bien en deçà de leur seuil de maturité". L'explication à cela est assez simple. Les machines industrielles "ne prennent que de tout petits diamètres, donc on va couper les arbres très tôt pour qu'ils puissent rentrer" dedans.

"On importe plus qu'on exporte." Pourtant, "on pourrait remplacer les importations de bois exotique" si on laissait le temps au cœur de "sapin de Douglas" de se développer, assure le réalisateur. Dans le secteur du bois en France, "on importe plus qu'on exporte" malgré le fait de posséder le troisième domaine d'Europe. "La réponse de la filière bois et des pouvoirs publics est de dire : 'Il faut couper plus de bois !'", s'insurge-t-il.

Sauf qu'il s'agit en réalité d'un problème de valeur ajoutée et non de quantité. "En France, on a laissé mourir tous les métiers du bois. Donc on va exporter des troncs entiers de chênes qui vont être transformés à l'étranger, notamment en Chine, que l'on va racheter après", déplore François-Xavier Drouet. L'erreur est donc "d'adapter la forêt à l'industrie, plutôt que l'inverse".