Loi Travail : Manuel Valls a une position "rigide et aussi radicale que celle reprochée aux syndicats"

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Derrière le jusqu'au-boutisme de la CGT, il existe "une vraie conviction de pouvoir faire céder le gouvernement", selon Pierre Ferracci, invité sur Europe 1.

INTERVIEW

Grèves, blocages de raffineries... la CGT et le gouvernement ont entamé un véritable bras de fer face à la Loi Travail, où chaque camp a annoncé ne rien vouloir céder. Pierre Ferracci, proche du secrétaire général de la CGT Philippe Martinez, et expert en négociations syndicales, analyse le mouvement sur Europe 1 samedi, dans l'émission C'est arrivé cette semaine.

"Hostilité très forte". Depuis trois mois, le mouvement ne ralentit pas. "Mais la CGT n'est pas seule, souligne Pierre Ferracci. Il y a quatre organisations syndicales dont FO, en plus des lycéens et des étudiants. Tous ont en commun une grosse hostilité à la loi." Une hostilité, selon l'expert, qui se retrouve dans la population (selon un sondage 70% des Français sont opposés à la loi El Khomri) et encore davantage chez les sympathisants CGT. Si l'opposition dure, c'est que la CGT "a la conviction profonde qu'elle peut parvenir à faire céder le gouvernement et que la loi peut être abandonnée".

"Vrai débat" sur l'article 2. Pourtant, si l'opinion est opposée à la loi, elle est aussi contre les blocages. Quel est le but de cette stratégie jusqu'au-boutiste des syndicats ? "Pas de faire tomber le gouvernement mais de le faire céder sur une loi contradictoire avec les intérêts des salariés." En ligne de mire, l'article 2 de la loi Travail qui inverse la hiérarchie des normes : "Jusqu’à présent il y avait un principe de faveur : la loi s'imposait aux accords de branche qui s'imposaient eux-même aux accords d'entreprise et si l'on pouvait déroger au principe dans l'entreprise, c'était pour améliorer la situation des salariés. Aujourd'hui avec l'article 2, on pourra signer des accords moins-disant pour les salariés", explique le spécialiste. Pourquoi alors la CFDT soutient cet article de la discorde ? Cette dernière organisation syndicale "fait le pari que malgré la crise, les accords d'entreprises ne seront pas aussi néfastes pour les salariés. C'est un vrai débat", souligne le spécialiste.

Le spectre de l'Euro. Un débat un peu pressé par le facteur temps puisque l'Euro se profile dès le 10 juin. "Philippe Martinez est un fan de foot et sait quels sont les enjeux pour la France. C'est un vrai problème, posé autant au gouvernement qu'à la CGT. Tout le monde a envie que tout se termine avant le 10 juin". Quelle pourrait être alors la porte de sortie ? Faut-il aller jusqu'au retrait du texte pour ne pas gâcher la fête ? "Quand Bruno Le Roux et Michel Sapin demandent la réécriture de l'article 2, je n'imagine pas qu'ils le fassent sans l'aval de François Hollande". Comme une sorte de dyarchie à la tête de l’exécutif, "il y a sans doute des discussions entre le prédisent et le Premier ministre qui a une position rigide et aussi radicale que celle que l'on reproche aux syndicats".

Une voix de compromis est envisagée par l'expert, sans qu'il ne soit certain qu'elles puissent satisfaire les parties en présence : "il faut donner plus de poids à la négociation de branches et il faut enrichir le compte personnel d'activité". Pour cela, il faut que le président de la République s'engage, gère ses relations avec son premier ministre et la CFDT, la CGT, FO et les organisations patronales.


>> Projet de loi El Khomri : ce qu'il pourrait changer pour les salariés, à lire ici.