Les vidéos de cuisine sur Facebook, la recette qui cartonne

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Les vidéos de cuisine sur Facebook, la recette qui cartonne
@ Capture d'écran Tasty / Facebook
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Les micros-vidéos de cuisines se répandent de manière virale et se produisent à un rythme industriel. Mais pourquoi un tel engouement ?

Combien de temps faut-il pour faire un kebab sucré, une étoile torsadée à la bolognaise ou un sapin en pâte feuilletée garni de pesto ? A priori, entre 15 secondes et une minute chacun, selon l'un des innombrables tutoriels vidéos culinaires présents sur la toile. Pas sûr que les jurys de Top Chef, l'émission du lundi soir de M6, valident toutes les recettes. Mais ces micro-formats se répandent à vitesse grand V, et tout spécialement sur Facebook, où sont proposées depuis quelques mois des centaines de "thumb-stoppers", littéralement "arrêts avec le pouce".

Pour avoir accès à ces contenus, il faut s'abonner à une page Facebook spécialisée. Ensuite le principe est simple : vous descendez tranquillement votre fil d'actualité, votre "time line", quand soudain… une petite vidéo se lance sans vous demander votre avis, et vous explique en un temps record comment préparer un plat à vous faire tomber de votre chaise. Et cela fonctionne : plusieurs dizaines de millions d'internautes se délectent chaque jour de ces guides culinaires 2.0. De nombreux médias en font donc leurs choux gras et investissent de plus en plus de moyens dessus. Car derrière ces micro vidéos, se cache souvent une méga machine ne production mise en oeuvre par des sites internet spécialiste du "buzz" ou de la cuisine.  

>> Comment expliquer un tel succès ? Va-t-il perdurer ? On vous explique la recette de ces "thumb-stoppers".

Une croissance exponentielle… Les chiffres qui illustrent le succès de ces vidéos ont de quoi faire pâlir n'importe quel média. Selon les données de l'institut Tubular, cinq des dix producteurs de vidéos les plus consultées sur Facebook en décembre sont des vidéos de cuisine de ce type. En tête, on trouve l'Américain "Tasty", dont la page Facebook, qui appartient à BuzzFeed , est passée de 0 à… 38 millions d'abonnés en un peu plus de six mois. En un mois, ces vidéos peuvent être consultées jusqu'à 2 milliards de fois. Et cela peut monter à près de 100 millions pour une seule et même vidéo.

TipHero, TasteMade, PopeSuga, My Cupcake Addiction ou les Français des Démotivateurs Food… Tous ces sites ont lancé leur page Facebook spécialisée dans ce type de contenus au cours des 12 derniers mois. Et elles en sont déjà à plusieurs millions d'abonnés. "C'est LA catégorie 'tueuse' de vidéos du moment", écrivait le très sérieux Wall Street Journal (WSJ) en novembre dernier. "Alors que YouTube a ses blogueurs confessionnels, ses tutoriels de beauté et ses clips de jeux vidéo, la mode sur Facebook est aux gros plans 'sexy' de gâteaux et de préparations du type 'boules de pommes de terre au fromage farcis de purée'", analysait le journal.

Stuffed Chicken NuggetsFULL RECIPE: http://bzfd.it/1LxTDtr

Posté par Tasty sur dimanche 21 février 2016

… Qui cache une quasi-production industrielle ! Pour réussir à conserver et améliorer cette audience, les administrateurs de ces pages alimentent la machine en continu. Une à plusieurs vidéos quotidiennes sont proposées sur les pages les plus consultées. Et c'est tout un art : le graphique des vidéos, la disposition des ingrédients au lancement du tutoriel, (il faut capter l'attention dès les premières secondes, pour ne pas que l'internaute passe son chemin), le choix des recettes (il faut qu'elles soient immédiatement appétissantes, et sont donc souvent grasses et/ou très sucrées)… Absolument tout est travaillé, et souvent par des professionnels.

"Pour Tasty par exemple, il y a toute une équipe dédiée à ce type de vidéos, dans un lieu spécifique, à Los Angeles. Ils sont à temps plein. Ils se consacrent à la réalisation des vidéos et surtout… à trouver des nouvelles recettes !", explique à Europe 1 Eric Ratiarison, responsable des réseaux sociaux chez BuzzFeed France.

L'indigestion n'est pas pour tout de suite. A en croire le WSJ et les responsables de ces pages, il n'y a pas que les ventres qui vont grossir : le phénomène des "thumb-stoppers" semble promis à une belle croissance. Car tous les ingrédients d'un succès durable sont réunis. Premier d'entre eux : le contenu même des vidéos. "La nourriture est un langage universel", selon Steven Kydd, co-fondateur de Tastemade, cité par le journal américain. "Les gens aiment bien manger. Et puis ce sont des vidéos courtes, ramassées, dynamiques, avec des plans séduisants", abonde Eric Ratiarison. "Il y a des gens qui nous écrivent spontanément pour nous dire qu'ils ont bien aimé le moment, à la fin d'une vidéo, où l'on voit le fromage qui dégouline !", s'amuse-t-il.

Autre clé d'un succès potentiellement durable : la démographie propre à Facebook. Plus un abonné vieillit, plus il serait sensible à ce genre de thématiques. En outre, le système de l'auto-playeur (la vidéo se lance automatiquement, sans vous demander votre avis) contribue à cette viralité. Résultat : une vidéo sur le même type de recettes peut être vue par 20 fois plus de personnes sur une chaine Facebook que sur une chaine YouTube.

La rose des sables, une p

"A mon avis, Facebook est le lieu par excellence où les parents et des profils plus âgés vont consommer ce type de contenus, alors que les jeunes générations vont sur Youtube, Snapchat et Periscope. Et le principe de partage de Facebook encourage la propagation des contenus à une vitesse élevée", analyse Elise Strachan, créatrice de la page "My Cupcake Addiction", interrogée dans le WSJ sur les raisons du succès de ces micros "tutos" culinaires. "C'est exactement ça. Au début, les abonnés Facebook étaient principalement des adolescents. Maintenant il y a de tout, de tous âges. Des abonnés nous écrivent pour nous dire qu'ils ont testé les recettes auprès de leurs enfants", renchérit Eric Ratiarison.

Qu'y gagnent les "artistes" ? Seul problème : "pour l'instant, il n'y a pas beaucoup de manières, pour un créateur, de faire de l'argent", à partir de ces vidéos, écrit le Wall Street Journal. En effet, les médias qui décident de se lancer dans ce créneau ne peuvent pas faire payer les vidéos, ni même proposer de la pub, car ces vidéos en "auto-play" sont hébergées par Facebook.

Alors à quoi bon investir dedans ? "C'est une stratégie Facebook classique. Plus la page 'food' attire de fans, plus cela attire des lecteurs potentiels pour le site internet auquel cette page est rattachée. Depuis le lancement des vidéo 'Tasty', la page BuzzFeed France a gagné de nombreux fans. Résultat : tous les articles que nous publions sur la page sont de plus en plus partagés", décrypte Eric Ratiarison. Comme l'explique Elise Strachan, de "My Cupcake Addiction" : "quand vous construisez une communauté forte et engageante, les publicitaires suivent", d'une manière ou d'une autre.