Le traitement politico-médiatique de l'affaire Sauvage, un "désastre pour la démocratie"

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JUSTICE - L'ancien magistrat Philippe Bilger s'est indigné sur Europe 1 de la pression médiatique et politique pour demander la grâce de Jacqueline Sauvage.

INTERVIEW

C'est un rendez-vous très attendu par les proches de la condamnée, mais aussi par une partie de l'opinion publique. François Hollande reçoit vendredi à l'Elysée les filles et les avocates de Jacqueline Sauvage. Ces dernières, fortes d'une pétition qui a recueilli quelque 400.000 signatures et de nombreux soutiens de personnalités politiques, demandent au chef de l'Etat d'accorder la grâce présidentielle à cette femme, condamnée en appel à 10 ans de prison pour l'assassinat de son mari, un homme violent et incestueux pendant 47 ans.

Des interventions "justifiées en rien". Mais pour Philippe Bilger, ancien magistrat, le traitement médiatico-politique de cette affaire n'est pas souhaitable. "Je suis partisan d'une exécution des peines très bienveillante mais je pense que ces immixtions politiques et médiatiques, qui ne sont justifiées en rien, sont un désastre pour la démocratie", a t-il estimé au micro d'Europe 1 vendredi. Pour lui, la justice seule était capable de "tenir compte du droit et de l'émotion". 

Entendu sur Europe 1
A la justice de tenir compte du droit et de l'émotion 

Un regard "ignorant". "On a deux arrêts qui condamnent Jacqueline Sauvage à 10 ans d'emprisonnement", a-t-il rappelé au micro d'Europe 1 vendredi. "Je ne suis pas persuadé que ce soit créateur de valeurs républicaines que de mettre en cause des arrêts en permanence. Ce serait une bonne chose si l'autorité de la justice était respectée." Ce qui "choque" Philippe Bilger, c'est "que les médias et les politiques viennent poser sur des réalités judiciaires, sur des histoires intimes et familiales, un regard en grande partie ignorant". Selon lui, les jurés, qui ont "pris le temps" de se plonger dans toute la complexité de l'affaire, sont bien mieux placés pour évaluer la culpabilité de Jacqueline Sauvage.

A l'Elysée, François Hollande n'a jamais fait mystère de ses réticences à utiliser la grâce présidentielle. Sa réponse devrait être donnée la semaine prochaine.