Le grand avocat pénaliste Paul Lombard est mort

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Le grand avocat pénaliste Paul Lombard est mort
Paul Lombard @ ALAIN JULIEN / AFP
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En plus d'un demi-siècle, l'avocat est intervenu dans plusieurs des plus grands dossiers de l'histoire criminelle française. 

Il avait plaidé dans les affaires Ranucci, du petit Grégory ou Albertine Sarrazin : Paul Lombard, l'un des plus célèbres avocats de ces cinquante dernières années, est mort dimanche à Paris à 89 ans, laissant derrière lui des plaidoiries mémorables et de nombreux écrits sur la justice. Il est mort dans un hôpital parisien d'une infection pulmonaire, a indiqué sa famille à l'AFP. "C'est 65 ans d'un monde judiciaire qui s'en va", a salué son associé Me Olivier Baratelli. "Une légende du verbe s'éteint, l'histoire judiciaire perd l'un de ses géants", a-t-il ajouté.

Des dossiers historiques. Paul Lombard revendiquait "des centaines, voire des milliers" d'affaires à son actif, dont certains des plus grands dossiers de l'histoire criminelle française, de l'affaire de Bruay-en-Artois (1972) à celle du petit Grégory Villemin (1984), en passant par le procès de Christian Ranucci, condamné pour le meurtre d'une petite fille et l'un des derniers guillotinés de France, en 1976. Lors du procès de Ranucci, qui avait déchaîné les passions, Me Lombard avait plaidé: "N'écoutez pas l'opinion publique qui frappe à la porte de cette salle. Elle est une prostituée qui tire le juge par la manche, il faut la chasser de nos prétoires, car, lorsqu'elle entre par une porte, la justice sort par l'autre". Egalement avocat de grandes causes, il a eu à traiter du combat des femmes pour l'avortement, des drames du Heysel et de Furiani, de la responsabilité médicale (l'affaire Albertine Sarrazin)...

"J'aurais voulu défendre Verlaine, Baudelaire, Oscar Wilde. Dieu ne l'a pas voulu. J'ai eu ma revanche en défendant Albertine Sarrazin", écrivait Paul Lombard à propos de l'auteur de l'Astragale, morte à 30 ans lors d'une intervention chirurgicale. Né le 17 février 1927 à Marseille, fils de médecin, diplômé d'études supérieures (DES) de droit, il a exercé de 1952 à 1995 dans sa ville natale. Il eut pour mentor l'avocat marseillais Emile Pollak (1914-1977). "J'ai découvert l'éloquence en l'entendant plaider au procès Dominici", disait-il. L'éloquence, qu'il aura aussi rencontrée chez Raymond Filippi (1910-1976), du barreau d'Aix-en-Provence. "Peut-être le plus grand orateur que j'aie jamais entendu, un personnage de Pagnol qui aurait parlé comme Démosthène".

A la recherche d'une "brindille d'humain" chez Michel Fourniret. Puis Paul Lombard s'est installé à Paris à un âge où il aurait pu prétendre à la retraite, dirigeant en collaboration avec d'autres avocats le cabinet "Lombard Baratelli et associés". En 2008, crinière blanchie par les années, main un peu tremblante mais timbre toujours clair, il est encore intervenu dans un grand procès d'assises, celui de Michel Fourniret et de sa femme Monique Olivier, en tant que conseil du père d'Elisabeth Brichet, une des victimes du tueur en série. "Je vais vous parler non d'un assassin, non de la complice d'un assassin, mais d'un couple assassin, ce qui est rarissime dans l'histoire de la criminologie française", avait-il plaidé.  Il dira plus tard avoir tout tenté pour extirper "une brindille d'humain" du coeur de Fourniret, sans y parvenir. 

En 2009, il a été durant quelques mois parmi les avocats de l'héritière de L'Oréal, Liliane Bettencourt, en conflit avec sa fille. Il s'est aussi occupé des successions de peintres de renom, dont Picasso, Bonnard, Chagall... Parmi ses ouvrages figurent Mon intime conviction (1977), Plaidoyer pour Marseille (1979), Quand la justice se trompe (1981), Le crépuscule des juges (1988), Le juge et l'avocat (1992, avec la magistrate Simone Rozès), Ma vérité sur le mensonge (1997), les Droits de la défense (2008). Il a également signé en 2003 "Le procès de la justice" avec le magistrat Jean-François Burgelin, décédé en 2007. "J'ai toujours désiré être avocat, j'ai beau réfléchir, à aucun moment je n'ai eu envie de faire un autre métier", déclarait-il dans les années 70. Il disait aussi que si on perdait la foi, il valait mieux arrêter. Une trentaine d'années plus tard, il n'envisageait pas de prendre sa retraite avant le jour de son enterrement.