"Le ciel attendra", les jeunes femmes prises au piège de Daech

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"Le ciel attendra", les jeunes femmes prises au piège de Daech
Pourquoi Daech attire les femmes?
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Ce mercredi, sort en salles "Le ciel attendra" qui retrace le parcours de deux adolescentes, Sonia, 17 ans et Mélanie, 16 ans, prises dans le tourbillon de la radicalisation.

Pourquoi des adolescentes, a priori sans histoire, décident du jour au lendemain de tout lâcher pour partir vivre en Syrie ? Cette interrogation, la réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar, l’a eu mille fois. Au point d’en faire un film. Ce mercredi, sort en salles "Le ciel attendra" qui retrace le parcours de Sonia, 17 ans et Mélanie, 16 ans, prises dans le tourbillon de la radicalisation. La première s’apprête à participer à un attentat après avoir échoué à se rendre en Syrie, la seconde tombe amoureuse d’un djihadiste sur les réseaux sociaux. Pour rester au plus proche de la réalité, la réalisatrice a suivi pendant trois mois la sociologue Dounia Bouzar, qui dit avoir déradicalisé quelque 1000 jeunes, et a rencontré une trentaine d’adolescentes.

Le film fait écho à l’actualité récente. Début septembre, un commando terroriste composé de jeunes femmes a été démantelé. Après une tentative d’attentat raté devant la cathédrale Notre-Dame – les bonbonnes de gaz entassées dans la voiture n’ont pas explosé – elles s’en sont prises à un policiers de la DGSI, en planque en bas de l’immeuble de l’une d’elles. Aux cris de Allah Akbar, Sarah H, 23 ans, fichée S, a foncé vers l’un des agents, un couteau de cuisine à la main. La lame, d’une vingtaine de centimètes, l’a blessé à l’épaule. Sa complice, Inès M., 19 ans, a tenté d’en faire de même. L'EI "utilise des hommes, mais aussi des femmes, de jeunes femmes qui font connaissance et nouent leur projet de manière virtuelle", a déclaré le procureur de la République de Paris, François Molins, après leur arrestation. 

Les hommes sont de la chair à canon, tandis que les femmes sont supposées apporter de la pérennité au califat

Assurer la pérennité de l’Etat islamique. Dans l’idéologie de l’Etat islamique, les femmes ne sont pourtant pas considérées comme des combattantes. Ce ne sont pas elles qui sont visées dans les nombreux appels à commettre des attentats diffusés par l’organisation terroriste : prendre les armes est traditionnellement une affaire d’hommes. Conformément à l’idéologie conservatrice du mouvement, leur rôle est avant tout de se marier à des soldats et de leur donner des enfants qui  seront, à leur tour, soldats. "Les hommes sont de la chair à canon, tandis que les femmes sont supposées apporter de la pérennité au califat en enfantant les "lionceaux"", résume Matthieu Suc, auteur de Femmes de djihadistes, au micro d’Europe1. Elles sont également chargées de recruter, notamment via les réseaux sociaux, d’autres "sœurs" qui deviendront ensuite des épouses. Selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur, sur les 689 Français actuellement en Syrie et en Irak, 270 sont des femmes.  

Pour autant, rappelle Florence Gaub, chercheuse à l'Institut européen d'études de sécurité et spécialiste de la question, si elles ne sont pas perçues comme "opérationnelles", leur radicalisation et leur soutien à l’Etat islamique sont total. "Notre vision du monde nous joue des tours. On a souvent tendance à penser que les femmes sont plus douces, qu’elles donnent la vie et ne sont donc pas capables de la reprendre." La photo d’Hayat Boumeddienne, veuve d’Amedy Coulibaly, le djihadiste de l’Hyper Cacher avait choqué les esprits. On la voit, posant telle une guerrière entièrement voilée, s’entraîner au tir à l’arbalète. "Si les femmes ont pu d’abord sembler confiner à des tâches familiales et domestiques par l’organisation terroriste, force est de constater que cette vision est complètement dépassée", a reconnu François Molins lors de son allocution après l'arrestation du commando des "bonbonnes".

Les hommes sont beaucoup plus surveillés

Elles ont progressivement été mobilisées sur des missions de logistique. Faciliter la communication, faire du repérage sur les lieux ou aider à se procurer du matériel. Un changement qui s’explique notamment par un principe de réalisme. "Les hommes sont beaucoup plus surveillés, ils sont plus écoutés par les services secrets, ils passent plus difficilement les frontières et ont donc plus de difficultés à commettre des attentats", indique la chercheuse Florence Gaub. Lors des attentats du 13 novembre, Abdelhamid Abaaoud, considéré comme le logisticien de l’attaque, a ainsi chargé sa cousine Hasna Aït Boulahcen, de lui trouver une planque après l’attaque. La jeune femme de 26 ans a été tuée lors de l’assaut du lendemain en même temps que les deux terroristes des "terrasses". "Les femmes, notamment quand elles sont très jeunes, ont envie d’être actrices de leur propre histoire et de leur propre djihad", assure Matthieu Suc.

Le démantèlement de cette cellule est-elle le signe qu’une nouvelle étape a été franchie ? Désormais, les femmes ne sont plus en soutien, mais au cœur même de l’action armée. "Le passage à l’acte par des jeunes filles téléguidées par des individus se trouvant en Syrie, dans les rangs de l’organisation terroriste Daech, démontre que cette organisation entend faire des femmes des combattantes", constatait début septembre François Molins. Au total, 59 femmes revenant de Syrie ont été mises en examen pour des faits de terrorisme et 18 d’entre elles sont actuellement détenues.