Le bio dans les cantines scolaires, c'est pas encore gagné

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Le bio dans les cantines scolaires, c'est pas encore gagné
@ ROMAIN PERROCHEAU / AFP
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Les sénateurs peinent à se mettre d'accord sur une mesure contraignante, censée entrer en vigueur en 2020.

Les cantines scolaires peinent à se convertir au vert : seul 3% du contenu des assiettes serait issu de l'agriculture biologique, selon l'association Un Plus Bio. En réaction, une proposition de loi, adoptée en janvier par l'Assemblée, prévoit d'imposer aux municipalités, d'ici 2020, de mettre en place des menus composés à 20% d'aliments bio. Mais celle-ci a déjà été largement cuisinée au Sénat, qui débat du texte en ce moment. Vers quoi se dirige-t-on ? Décryptage.

Exit l'objectif des 20% ? Le texte est revenu dans le parcours parlementaire la semaine dernière. Et il a été largement amoindri. Les sénateurs ont supprimé en commission l'objectif de 20% d'aliments bio dans les menus pour toutes les cantines d'ici 2020. Ainsi que celui de 40% de produits "issus de l’alimentation durable, locaux et de saison". A la place, un amendement, déposé par le sénateur centriste Henri Tandonnet, propose "une proportion de produits correspondant aux capacités de production locale issue de l’agriculture biologique". En clair, plus une région a d'agriculteurs bios, plus la cantine pourra proposer de menus bio, mais sans objectif chiffré.

Bio ou "conversion au bio" ? En réaction, les écologistes, à l'origine de la proposition de loi, ont proposé mercredi une nouvelle mesure, détaillée dans Libération par le sénateur écologiste du Morbihan Joël Labbé. Le quota de 20% serait réintroduit. Mais en lieu et place de produits issus de l'agriculture biologique, les cantines proposeraient des "produits issus de surfaces agricoles en conversion". En clair, les produits des agriculteurs qui auraient entamé des démarches pour se convertir au bio auraient leur place dans les 20%.

L'objectif de la manœuvre des écologistes est d'arriver à trouver un consensus, afin d'adopter le texte dans les plus brefs délais et de le rendre acceptable aux yeux des élus locaux. Mercredi, Joël Labbé se disait d'ailleurs "certain" que le texte allait être adopté. Or, le Sénat a repoussé dans la soirée son examen à plus tard. "Est-ce encore une manœuvre pour gagner du temps et trouver de nouveaux arguments pour rejeter une nouvelle fois" la mesure ?, se demande le site Bio addict, engagé en faveur de la mesure. Pour l'heure, aucune date n'est fixée pour un nouvel examen par le Sénat.

20%, un objectif atteignable ? Il faut dire que l'objectif d'imposer des quotas avant 2020 fait largement tiquer la droite, majoritaire au Palais du Luxembourg. "La surface agricole utile cultivée en bio représentait fin 2014 moins de 5% du total en France. Il est illusoire d’escompter une progression de la production en bio suffisante pour satisfaire, à échéance de 2020, l’objectif de 20% figurant dans la loi, sur la base de productions françaises", se défend Henri Tandonnet dans Libé.

Pourtant, les associations sont persuadées de la faisabilité de ce quota. "On entend souvent que les grandes communes ont du mal à passer au bio. Mais les cantines de Grenoble ou de Bordeaux le sont déjà à 30%, celles des départements de la Drôme ou des Pyrénées-Atlantiques à 20%", énumère ainsi Gilles Pérole, de l'association Un Plus Bio, cité par l'AFP. "L'argument, souvent entendu des pouvoirs publics, est que la filière bio ne peut fournir assez. Mais on peut fournir sans problème !", renchérit Julie Portier, de la Fédération nationale d'agriculture biologique (FNAB). Selon la Fédération, 400.000 ha suffiraient pour atteindre les 20% fixés pour ces 3 milliards de repas annuels. Or l'agriculture bio représente 1,3 million d'ha en France, et en 2015, 220.000 ha ont été convertis. La FNAB a également installé 20 plateformes régionales, avec interlocuteurs uniques pour la restauration collective. "Aujourd'hui elles sont en attente de commandes, pas en manque de produits!", assène-t-elle.

"La filière bio s'est structurée", admet pour sa part le délégué général du Syndicat national de la restauration collective (restauration concédée), Dominique Bénézet. Mais selon lui, il sera tout de même difficile d'atteindre un objectif de 20% d'ici 2020, "en terme de diversité des produits".