L'anonymat, de phénomène subi à stratégie choisie

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Se cacher tout en étant reconnu, multiplier les versions de soi... L'anonymat donne des avantages dans une société de l'image. Invité sur Europe 1, le journaliste Yann Perreau a présenté cette contre-culture.

INTERVIEW

Ulysse qui se définit comme "Personne" devant le cyclope, les Daft Punk, Banksy, Elena Ferrante et le mouvement Anonymous, pour ne citer qu'eux. Tous sont des anonymes célèbres. Yann Perreau, journaliste et critique d'art, était l'invité de l'émission C'est arrivé demain, dimanche. Il explique pourquoi l'anonymat est désormais un choix du 21e siècle.

Une liberté. S'il est désormais recherché par les artistes, entre autres, c'est notamment pour "la liberté qu'il procure et pour que l'on s’intéresse à leurs œuvres plus qu'à leur personne. C'est ce que disent les Daft Punk. Et c'est ce que dit Elena Ferrante (dont un journaliste a révélé la véritable identité, ndlr) qui était beaucoup plus libre d'écrire ses livres sans qu'on sache qui elle était." 

Une universalité. Ce souhait d'anonymat peut toutefois étonner dans une société où chacun recherche son quart d'heure de célébrité. C'est une façon, pour le spécialiste, de "déjouer le star-system". Cette stratégie permet en outre à la fois d'être reconnu mais de ne pas subir les affres de la gloire, à savoir être tout le temps importuné. Au-delà du simple fait d'éviter les fans en émoi, l'anonymat permet l'identification et donc une certaine universalité, sans genre, ni âge ni couleur de peau.

Une multiplicité. Cette contre-culture s'inscrit à l'opposé du phénomène de "mise en scène de soi" proposée par les réseaux sociaux. "J'ai vu beaucoup de personnes qui montrent des photos avantageuses d'eux, se créent des personnages." A l'inverse, "d'autres décident de se réinventer autrement, de créer des pseudos." L'anonymat, explique le spécialiste, c'est aussi les pseudonymes, les avatars, dans une sorte de "critique de l'individu". "On est plein de personnes. Les adolescents sont tout à fait à l'aise avec ça. Plus âgé, on se dit parfois que c'est schizophrène. En fait, non, tout ça est un jeu."