La pilule sans ordonnance, pour arrêter "de vouloir contrôler le corps des femmes"

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Le collectif "Libérez ma pilule" lance un appel pour la délivrance d'une pilule sans ordonnance. Un questionnaire rempli avec le pharmacien permettrait d'évaluer les risques médicaux.

INTERVIEW

La pilule contraceptive sans ordonnance ? C'est le souhait du collectif "Libérez ma pilule", qui a publié mardi une lettre ouverte et lancé une pétition dans le but de faciliter l'accès aux femmes à la contraception. Caroline Rehbi, co-présidente du planning familial, est à l'origine de cette initiative avec un collectif de pharmaciens. Elle était l'invitée samedi de l'émission C'est arrivé cette semaine.

Délais d'attente, besoin de renouvellement. Cet appel vise à faciliter l'accès à la contraception, qui ne va pas de soi 50 ans après sa légalisation. "Quand on habite à la campagne, par exemple, on peut avoir six ou sept mois de délai d'attente pour voir un gynécologue", explique Caroline Rehbi. Dans certaines villes, l'absence de centre de planning familial pose également problème. En revanche, "il y a des pharmacies partout", souligne la co-présidente du planning familial, d'où l'idée de proposer une délivrance sans ordonnance, directement en pharmacie. En tant que co-présidente du planning familial, Caroline Rehbi voit tous les jours arriver des femmes qui ont besoin d'un renouvellement de pilule, "et aucun médecin n'est disponible du jour au lendemain. Il y a de la demande."

Un questionnaire pour éviter les risques. Cette pilule sans ordonnance serait une pilule progestative. "Il y a les pilules ostro-progestatives, qui contiennent des œstrogènes et de la progestérone, qui auraient plus d'effet sur les accidents cardio-vasculaires, et la pilule progestative. C'est celle qu'on donne en général pour les femmes de plus de 35 ans, fumeuses par exemple, ou pour les femmes qui allaitent aussi", distingue Caroline Rehbi. "Elle est beaucoup moins dosée" et limiterait donc les risques. Par ailleurs, le collectif souhaite mettre en place un questionnaire afin de diminuer encore davantage les risques médicaux. "Le pharmacien prendrait le temps de questionner la femme sur ses antécédents et aussi sur la manière de la prendre", ajoute-telle. Car beaucoup de femmes ne sont pas encore assez, ou mal, informées. "Tout ça lors d'un entretien ferait que la femme pourrait choisir si c'est (la pilule) le moyen adapté à son mode de vie."

"Contrôler le corps des femmes". Le dispositif "existe en Russie, au Portugal, en Belgique", ajoute la spécialiste. En France, "on continue de vouloir contrôler le corps des femmes. Dès que l'on parle contraception ou avortement, tout le monde réagit au quart de tour. C'est vraiment culturel. Dans les pays du Nord, le stérilet est la première contraception délivrée", alors qu'en France certains gynécologues refusent encore d'en poser.

Les laboratoires ont désormais jusqu'au 8 mars 2018 pour demander cette autorisation de mise sur le marché à l'Agence du médicament. L'objectif du collectif est également que leur demande "soit reprise par le ou la futur(e) ministre de la Santé."