Crise des éleveurs : ce qu'il faut retenir de la journée de mercredi

  • A
  • A
Crise des éleveurs : ce qu'il faut retenir de la journée de mercredi
@ AFP/GEORGES GOBET
Partagez sur :

Un plan d'urgence pour les éleveurs a été présenté mercredi. Les éleveurs maintiennent la pression sur de nombreux axes. 

L'ESSENTIEL

Malgré l'annonce d'un plan d'urgence par le gouvernement, la pagaille reste de mise. Au quatrième jour d'une mobilisation qui va crescendo depuis dimanche, les éleveurs en colère bloquaient toujours mercredi une bonne partie de la France et beaucoup entendent bien poursuivre jeudi (les détails ici).

Les mesures annoncées par le gouvernement en faveur des éleveurs en difficulté "peuvent répondre sur le court terme à quelques urgences" mais sont "insuffisantes" sur le long terme, a estimé mercredi Xavier Beulin, président de la FNSEA, premier syndicat agricole au niveau national. François Hollande, lui, rencontrera des responsables d'organisations agricoles jeudi matin à Dijon.

Les éleveurs maintiennent également la pression sur les autres acteurs du monde agricole, et notamment les abatteurs, pointés du doigt dans un rapport pour ne pas avoir répercuté la hausse des prix. 

Voici les principales infos à retenir 

• Un plan d'aide à l'agriculture a été détaillé mercredi matin à l'issue d'un Conseil des ministres. 

• Lyon, Clermont-Ferrand, Finistère, Haute-Normandie... De nombreux blocages ont été mis en place par les éleveurs. 

• Un rapport du médiateur sur les prix agricoles pointe les abatteurs du doigt.

• Le président François Hollande rencontrera des responsables d'organisations agricoles jeudi à Dijon.

Des mesures "d'urgence" et "de long terme".  À l'issue du Conseil des ministres, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll et le Premier ministre Manuel Valls, ont dévoilé un plan d'aide que le président de la FNSEA, Xavier Beulin, a estimé aller "dans le bon sens". Les 24 mesures du gouvernement en faveur d'un secteur de l'élevage en pleine crise sont réparties en six axes prioritaires :

  • le redressement des prix payés aux éleveurs : une réunion se déroulera mercredi après-midi avec l'ensemble des acteurs pour discuter des prix payés aux éleveurs. 

  • la restructuration de la dette : les éleveurs en situation de difficulté vont bénéficier de restructuration de l'ensemble de leurs dettes. Par ailleurs, la BPI pourra garantir jusqu'à 500 millions d'euros de crédit bancaire de trésorerie aux entreprises du secteur de l'élevage pour faire face à l'ensemble de leurs besoins.

  • les allègements et les reports de charge : le fonds d'allègement des charges sera augmenté de 50 millions d'euros. "Remboursement anticipé de TVA, report des échéances de report d'impôt sur le revenu et sur les sociétés, exonération de taxes sur le foncier non bâti", seront possibles pour les éleveurs, a énuméré le ministre de l'Agriculture.

  • le développement de la contractualisation dans les filières

  • les actions pour développer les débouchés à l'exportation : 10 millions d'euros vont être débloqués pour la promotion des produits d'élevage français à l'exportation. 

  • l'amélioration de la compétitivité des filières 

François Hollande rencontrera par ailleurs des responsables d'organisations agricoles jeudi à Dijon, au lendemain de l'annonce du plan d'urgence, a indiqué l'Elysée mercredi.

Un plan jugé "insuffisant" et trop flou. La réaction de la puissante FNSEA a été très circonspecte : le plan comprend "beaucoup de dispositifs déjà actés" et les mesures restent "insuffisantes" sur le long terme, a déclaré le président Xavier Beulin. "Le plan d'urgence? Si on fait une division simple, c'est 100 euros par exploitant. Les gens attendent d'autres signes que ça, il faut du prix. (...) A voir l'état des troupes, ils sont prêts à tout", a renchéri Thierry Merret, président de la FDSEA Finistère. "Nous voulons plus d'explications sur le plan de désendettement. On ne veut plus entendre parler de prêts de consolidation, mais que les échéances soient reportées", a poursuivi Jean-Pierre Fleury, président de la Fédération nationale bovine (FNB).

éleveurs

© AFP



Une partie de la France bloquée.  Déçus des annonces, des éleveurs ont ainsi annoncé bloquer Lyon mercredi soir et Clermont-Ferrand jeudi matin. 

En Normandie, berceau de la contestation des éleveurs, le mouvement commence à s'atténuer. Les barrages établis par les éleveurs depuis lundi matin sur le périphérique de Caen ont commencé à être levés mercredi après-midi. Mais deux des trois grands ponts suspendus permettant de traverser la Seine entre Rouen et l'estuaire (Ponts de Normandie et de Brotonne) sont toutefois encore fermés à la circulation. Au Mont Saint-Michel, des barrages filtrants sont mis en place.  

En Bretagne, en Ille-et-Vilaine, la situation est revenue à la normale, selon la préfecture, sauf à Saint-Malo. Dans le Finistère, des barrages sont toujours en place à Quimper et Morlaix et à Landerneau.

D'autres actions sont toujours en cours à Poitiers, en Saône-et-Loire ou encore sur l'Île d'Oléron (toutes les infos ici). 

Les abatteurs pointés du doigt. Les éleveurs continuent de manifester pour obtenir un plan plus ambitieux. Mais aussi pour faire pression sur ceux qui refusent encore de leur payer leurs produits au juste prix, défini le 17 juin. Distributeur, industriel… qui ne joue pas le jeu ? Le médiateur des prix agricoles, qui a remis un rapport au ministre, a rendu ses conclusions publiques mercredi, concernant la viande bovine (dans le secteur porcin, l'accord sur les prix est plutôt respecté, et le secteur volailler n'est pas en crise).

Verdict : ce sont les abatteurs qui sont pointés du doigt. Les abatteurs ont "augmenté leurs prix" mais sans aller jusqu'aux 5 centimes par kilo et par semaine prévus, en se concentrant "sur les seules races à viande" au détriment des vaches laitières, explique le médiateur dans son rapport.