Jean-Charles Brisard : "La lutte antiterroriste ne se résume pas à une gestion de fiches"

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Sur Europe 1, le président du Centre d’Analyse du Terrorisme et sa consœur, Béatrice Brugère, ancien juge antiterroriste, démystifient la fameuse "fiche S".

LE DÉBAT

La fiche S est revenue dans le débat politique avec les attaques de l'Aude vendredi dernier. Car malgré son fichage S, l'assaillant n'a pas pu être arrêté avant passage à l'acte. Invités dans le débat d'Europe midi, Jean-Charles Brisard, président du Centre d’Analyse du Terrorisme et Béatrice Brugère, ancien juge antiterroriste, ont expliqué que le fichage S n'était qu'un outil parmi d'autres dans la lutte antiterroriste.

La fiche S, "un marqueur, un outil". A chaque attentat, le débat se cristallise autour de la fiche S. Jean-Charles Brisard a tenu à rappeler ce qu'était le document. "La lutte antiterroriste ne se résume pas à une gestion de fiches. Une fiche est un marqueur, un outil de renseignement qui permet que le nom de la personne soit intégré dans les fichiers européens", définit-il. Béatrice Brugère,secrétaire générale d'Unité-magistrats abonde : "C'est un outil plus ou moins bien fait. D'ailleurs, il y a d’autres fichiers." Selon elle, il est même rassurant de voir que plusieurs assaillants connus ont été fichés. "Cela veut dire qu’on les a déjà identifiés." Concrètement, la fiche S en tant qu'outil, permet notamment de suivre une personne, lors d'un contrôle aux frontières ou un contrôle routier, par exemple. 

"L'évaluation n'a pas permis d'établir d'élément matériel". Dans un second temps, c'est aux services de sécurité, "en particulier de la DGSI" de vérifier les informations sur un individu donné, de lever ou non le doute sur des velléités de départ ou de projets d'attentats. Cela explique selon Jean-Charles Brisard que la surveillance soit en "dents de scie". En l'espèce, concernant l'attentat de vendredi, "la DGSI a procédé à un suivi. A l’issue de quelques semaines, elle  a constaté qu’il n’y avait rien qui permette de judiciariser cette personne", c’est-à-dire de faire une enquête judiciaire pour l'interpeller avant passage à l'acte. C'est plus à ce niveau que se situe le raté selon le spécialiste : "Chaque attentat est un raté, l’évaluation qui a été faite n’a pas permis d’établir des éléments matériels qui auraient permis une judiciarisation."

La question de la détention. Pour Béatrice Brugère, il y a une "zone grise : on ne sait pas si ces personnes repérées vont passer ou non à l’acte. La question c’est à quel moment on est en capacité de les judiciariser." En tant que technicienne du droit, placer en détention un fiché S serait pour elle "absurde" sur le temps long car se poserait notamment la question de savoir "combien de temps" garder ces individus. D'autant que des interpellations iraient à l'encontre d'un des buts du fichage, selon Jean-Charles Brisard, à savoir, faire en sorte que les personnes fichées ne sachent pas qu'on les surveille.

On vous explique en 1 minute : "fiché S", ça veut dire quoi ?