Haytham, 18 ans, futur bachelier et réfugié syrien

  • A
  • A
Partagez sur :

Il y a trois ans, il ne parlait pas un mot de français. Aujourd'hui, Haytham passe son bac, qu'il devrait obtenir brillamment.

C'est le grand jour pour les candidats au bac avec la première épreuve mercredi matin : la philosophie. Pour l'un d'entre eux, ces quatre heures devant une copie seront un moment tout particulier. Haytham, 18 ans, a fui la guerre en Syrie en 2012 avec son jeune frère et ses parents. Aujourd'hui en terminale S, il s'est aussi passionné pour la philosophie.

Brillant et modeste. Pourtant, lorsqu'il débarque en France il y a trois ans, Haytham ne parle pas un mot de français. "Je ne savais même pas conjuguer le verbe "être" et là, je me retrouve à lire des notes en philosophie en langue française. C'est étrange !", s'étonne-t-il pour Europe 1 avec une modestie sincère.

En pleine révision, Haytham respire la sérénité malgré ou peut-être à cause de son histoire. Bermuda, T-Shirt, sourire courtois et bienveillant, le jeune Syrien révise dans une chambre d'élève studieux dans l'appartement qu'il occupe avec sa famille en banlieue parisienne. Haytham suit un parcours brillant, avec14 de moyenne cette année en philosophie et 19 en maths.

L'école à la syrienne. Son père est un professeur de mathématiques, réfugié politique. En dehors de ses parents et de son frère, le reste de la famille d'Haytham est resté en Syrie. "Ils ne peuvent pas venir en Europe", raconte le jeune homme, qui reste amer. "Parfois, je me sens coupable d'avoir quitté la Syrie alors qu'ils sont toujours là-bas", dit-il, le souvenir des victimes dans la tête : "J'ai un cousin, avec qui je jouais tout le temps. Il habitait à côté de chez moi quand j'étais petit. Et maintenant, il est mort."

Alors ce bac, Haytham le dédie un peu à sa famille restée là-bas. Pour lui, "c'est un devoir d'essayer d'apprendre. Si j'étais en Syrie, je ne pourrais probablement pas aller à l'école." Il se souvient d'ailleurs des cours d'éducation civique, qui ressemblaient davantage à de la propagande pour la dynastie Assad, père et fils : "On apprenait des citations d'eux. A chaque fois, on devait citer l'éternel Hafaz, l'éternel Bashar. Alors qu'ici, on n'apprend pas des citations de François Hollande ou de Sarkozy! "

Un rêve. Alors forcément, aujourd'hui, Haytham espère une épreuve sur la liberté. Et il citera plus facilement Descartes que Bachar Al-Assad. L'an prochain, il intègrera en principe une classe prépa pour grande école scientifique pour un jour atteindre son rêve : intégrer la NASA.