Harcèlement scolaire : "Tout ce qui est dans l'album, on l'a vécu"

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Avec son père, le dessinateur Bloz, Ana a raconté dans une BD, parue début octobre, sa douloureuse expérience du harcèlement scolaire lorsqu'elle était à l'école primaire.

INTERVIEW

Tout a commencé quand Ana est entrée en classe de CP. "Elle m'a choisie parmi toutes les filles de la classe pour être le souffre-douleur, pour être sa victime." "Elle", c'est sa harceleuse, une petite fille comme elle, qui l'a isolée, humiliée, menacée, frappée jusqu'en classe de CE2. De cette expérience traumatisante, Ana a tiré une bande dessinée, réalisée avec son père, le dessinateur Bloz. 

"Les harceleurs ont peur d'être dénoncés". "Tout ce qui est dans l'album, on l'a vécu", préviennent la fille et son père dans Europe 1 Bonjour, jeudi. Dans la BD, Ana s'appelle Emma, la petite fille qui la harcèle Clarisse. Elle éloigne les autres enfants, les empêche de s'asseoir à côté d'Emma, la frappe, la menace, piétine son cartable, déchire ses devoirs… En lui disant systématiquement : "T'as pas intérêt à le dire." "Les harceleurs ont peur d'être dénoncés, donc ils menacent en permanence pour ne pas que le harcelé répète à ses parents, aux profs ou à des adultes en général. Eux-mêmes savent qu'ils sont fragiles et s'ils sont dénoncés, ils peuvent avoir de gros problèmes", atteste Ana.


"Combattre ça ensemble". C'est aussi parce qu'elle "ne voulait pas inquiéter" ses parents qu'Ana a longtemps gardé le silence. "Je me disais que ce n'était que des petits problèmes et que ça allait se régler. Mais comme ça a été de pire en pire, un soir, j'ai craqué et j'ai tout raconté", se souvient la jeune femme. L'annonce fait l'effet d'un séisme pour ses parents. "Sur le coup, on est secoués.(…) On ne s'y attend pas, on n'y est pas préparés. On n'envoie pas nos enfants à l'école pour ça. (…) Puis très vite, on réagit, on se rapproche de l'école, on essaie de trouver des solutions. Mais surtout, on fait bloc avec Ana pour combattre ça ensemble", raconte Bloz. 

Accusée d'être "asociale" et "menteuse". S'enclenche alors une bataille qu'ils n'imaginaient pas aussi difficile. "L'école ne voulait absolument pas reconnaître le harcèlement. En plus d'être harcelée, Ana était donc accusée d'être asociale et menteuse. On l'a chargée, encore elle, pour ne pas avoir à s'en occuper", déplore Bloz. Face à une situation qui ne s'améliorait pas, et en l'absence de soutien de l'école, Ana a fini par changer d'établissement.

Quelques années plus tard, au lycée, Ana est retombée dans la classe de sa harceleuse. Et c'est "en voyant qu'elle n'avait pas changé" que père et fille ont décidé d'écrire cette BD à quatre mains. Seule à la récré (Bamboo éditions) est paru le 4 octobre dernier

>> Retrouvez l'interview intégrale d'Ana et Bloz