Grassement payée, la "thérapeute" faisait remonter de faux souvenirs

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Grassement payée, la "thérapeute" faisait remonter de faux souvenirs
La kinésithérapeute comparaît devant le tribunal correctionnel de Paris depuis lundi (photo d'illustration). @ AFP
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Une femme de 44 ans, soupçonnée d'avoir induit de faux souvenirs chez plusieurs patients pour leur soutirer des sommes considérables, comparaît depuis lundi pour abus de faiblesse.


Au début des années 2000, Florence est une jeune femme épanouie et entourée, qui a déjà occupé plusieurs postes importants. Mais lorsqu'elle entend parler d'une "thérapeute" aux méthodes miraculeuses, dont les patients ne cessent de vanter les qualités, la curiosité la pousse à  décider de consulter. Peu à peu, ses proches remarquent alors qu'une distance s'instaure. Un jour, au restaurant, Florence se met à hurler qu'elle a été "privée d'amour", dépeignant sa famille comme "épouvantable". "Personne n'avait plus grâce à ses yeux. Elle a fait un esclandre et elle est partie", s'est souvenue sa mère à la barre du tribunal correctionnel de Paris, mardi.

Avortements forcés et magie noire. Comme de nombreuses patientes, dont seulement cinq ont porté plainte, Florence a croisé le chemin de Marie-Catherine Phanekham, jugée depuis lundi pour abus de faiblesse. Après plusieurs séances, la victime est allée jusqu'à accuser sa mère d'avoir pris part à un réseau pédophile, et de l'avoir livrée à des orgies dans une ferme du nord de la France. À ses parents, elle a aussi évoqué des sacrifices d'enfants, des avortements forcés et de la magie noire. "Je pense qu'elle est tombée dans une parano", souffle sa mère, que sa propre fille a accusé de manipuler la police et les experts grâce à ses "relations".

Au tribunal, Marie-Catherine Phanekham nie en bloc. "Je n'ai rien fait", martèle la quadragénaire, diplômée de kinésithérapie mais qui s'était fait une réputation de "psy", répandue via le bouche à oreille. La plupart de ses patientes, fragiles, ont sombré dans un état de dépendance psychologique au fil de leur "thérapie", rompant avec un entourage qui leur était présenté comme la cause de tous leurs maux.

Une prime de 75.000 euros intégralement reversée. Pour l'accusation, il s'agit de "faux souvenirs induits", une technique de "manipulation mentale" qui consiste à faire croire à une personne que sa souffrance psychologique provient d'un événement dont elle a perdu le souvenir. L'une des plaignantes a ainsi accusé son père de l'avoir violée, à tort. Une autre raconte que la thérapeute lui a "fait comprendre que (sa) mère avait cherché à (la) tuer, quand (elle était) dans son ventre".

À chaque consultation, Marie-Catherine Phanekham encaissait 100 euros en espèces. Mais certaines de ses patientes lui ont donné bien plus. L'une d'entre elles lui a par exemple versé la totalité de son indemnité de licenciement, soit 75.000 euros. Selon le récit d'une autre femme, qui avait également été licenciée, la prévenue lui avait demandé de se débarrasser de cet argent "malsain" qui représentait la "sécurité" et l'empêchait d'avancer. Une autre membre du "groupe" gravitant autour de la thérapeute, lui avait par ailleurs cédé son appartement pour 61.000 euros, revendu deux ans plus tard sept fois plus cher, sans qu'elle ne trouve rien à y redire.

Confrontée mardi à la convergence des témoignages à charge, la prévenue a tout juste concédé "l'erreur" d'avoir été "trop proche de ces gens". Pourquoi y aurait-il "autant de menteuses et de menteurs" contre elle, demande le président. Silence. Le procès se poursuit mercredi.


Les "faux souvenirs induits", une méthode de "charlatans"

Au procès de Marie-Catherine Phanekham, Claude Delpech, présidente de l'association Alerte aux faux souvenirs induits (AFSI), a rappelé que la technique était employée par de nombreux "thérapeutes déviants". Cette méthode de "charlatans" consiste à "diaboliser l'entourage" d'une personne pour l'isoler, a abondé Jean-Pierre Jougla, spécialiste des sectes. Les faux souvenirs portent généralement sur des faits d'inceste ou de maltraitances soi-disant subis durant l'enfance. Contrairement aux idées reçues, les patients n'ont pas besoin d'une fragilité préexistante pour tomber sous l'emprise de leur "gourou", et peuvent être issus de tous milieux socio-professionnels.

De la fin des années 1980 au début des années 2000, le psychothérapeute Benoît Yang-Ting a ainsi manipulé une avocate et un chef d'entreprise, leur faisant croire qu'ils avaient été violés pendant leur enfance, moyennant les sommes de 238.000 et 750.000 euros. L'homme a été reconnu coupable d'abus de faiblesse et condamné à un an de prison avec sursis et 50.000 euros d'amende, en 2012.