Goodyear : l'incompréhension d'une condamnation inédite, rejugée en appel

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En janvier 2014, ils avaient séquestré deux cadres de Goodyear et écopé d'une peine de prison ferme. Huit salariés sont jugés en appel mercredi.

Ils se considèrent comme des boucs-émissaires et ne comprennent toujours pas cette condamnation à de la prison ferme. A l'époque, même Manuel Valls avait jugé cette peine "indéniablement lourde". Condamnés à 9 mois de prison ferme en première instance pour la séquestration de deux cadres de l'usine en 2014, huit anciens salariés de Goodyear comparaissent en appel devant le tribunal d'Amiens mercredi où des milliers de personnes sont attendues en soutien.

"Vous êtes là, vous allez rester." En janvier 2014, les salariés de l'usine Goodyear d'Amiens apprennent qu'ils vont être licenciés. Le contexte est alors tendu depuis plusieurs mois. Le directeur des ressources humaines ainsi que le directeur de la production leur annoncent que rien n'est négociable en termes de primes. Les salariés explosent et lancent "Vous êtes là et vous allez rester." Les deux dirigeants sont retenus 30 heures en tout dans l'usine de pneumatiques occupée par quelques dizaines de salariés en colère.

Sur plusieurs images, on voit les deux cadres échanger avec les salariés, au milieu de tables où traînent des restes de casse-croûte. La porte est bloquée par un immense pneu de tracteur. Ils ne ressortiront qu'à 15h le lendemain épuisés, encadrés par la police et devant d'innombrables caméras mais, tout comme Goodyear, les deux cadres ont retiré leur plainte quelques jours après les faits. Ils ne seront donc pas présents au procès, comme en première instance.

"Un coup de colère" avant tout. À la barre, en première instance, tous les prévenus s'étaient justifiés en parlant d'"un coup de colère" face à une direction qui "n'apportait aucune réponse" à la "détresse sociale" dans laquelle se trouvait les salariés de cette entreprise de 1.143 salariés, fermée quelques jours après.

Parmi ces huit ex-salariés, comparaissent cinq militants de la CGT, souhaitant faire de ce procès très attendu une "vitrine du combat social". Leur condamnation en janvier à 24 mois de prison, dont 9 ferme, avait provoqué un vif émoi au sein du monde syndical et politique. Poursuivis pour "séquestration et violences en réunion", les prévenus encourent jusqu'à cinq ans de prison. De source judiciaire, on indique vouloir être "dans une démarche d'apaisement" et que le ministère public prendra "évidemment en compte" le profil des prévenus, au casier judiciaire vierge.