Généralistes : la consultation à 25 euros pose problème

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Généralistes : la consultation à 25 euros pose problème
@ JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
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PLUS CHER - Le principal syndicat de médecins généralistes propose de faire payer la consultation 25 euros au lieu de 23 dès vendredi. Au détriment des patients ? 

La tension monte d'un cran entre médecins et gouvernement. En plus de la grève prévue le 31 mars contre le projet de loi Santé, le principal syndicat MG France a lancé jeudi un mot d'ordre tarifaire. Alors que la question de la rémunération fera partie des prochaines négociations entre médecins et Assurance maladie, il propose aux généralistes de faire payer 25 euros au lieu de 23 leur consultation dès vendredi et ce, pour une durée indéterminée. L'objectif ? Interpeller sur ce qu'il juge être une discrimination entre généralistes et médecins spécialistes qui font justement payer leurs prestations 25 euros. Une mesure qui pourrait pénaliser les patients et qui n'est pas légale. 

"La correction d'une injustice". MG France, qui dénonce un blocage des tarifs depuis 5 ans, propose aux généralistes dans un communiqué publié jeudi "de coter leurs consultations au tarif de base qu'utilisent tous les autres spécialistes", soit 25 euros alors que le tarif réglementaire est de 23 euros.

"Ces 25 euros ne constituent pas une revalorisation mais la correction d’une injustice et une indispensable mesure d’équité", estime MG France.

Moins payés ? Il ne s'agit pas du premier mouvement de gronde syndicale contre les tarifs puisque jeudi dernier, les généralistes avaient déjà été invités à fermer leur cabinet pour montrer leur mécontentement. Et pour cause, ils sont en effet moins rémunérés que certains médecins spécialisés. En 2012, selon un calcul de la Caisse primaire d'Assurance maladie (CPAM), un généraliste a gagné en moyenne 6.000 euros par mois contre 9.000 euros pour un ophtalmo ou encore 7.100 euros pour un ORL. 

Revaloriser la profession. Pour les syndicats de médecins, si ce salaire représente en soi "une injustice", il explique aussi la désertion de la profession. En France, environ 300 places d'internat en médecine générale restent non pourvues chaque année, soit 10% du total. Un manque à gagner qui s'explique par un manque d'attractivité de cette profession, selon les syndicats. Passer la consultation a 25 euros au lieu de 23 est, selon MG France, une des clefs pour revaloriser la profession de généraliste. 

La différence aux frais du patient ? Si le changement tarifaire proposé par MG France peut remplir le portefeuille du médecin, il risque surtout de pénaliser le patient même si MG France assure que ceux qui n'en ont pas les moyens ne se verront pas appliquer la mesure.

C'est la CPAM qui fixe les tarifs des médecins appartenant au secteur 1, soit ceux qui ne font pas de dépassements d'honoraires. Le tarif officiel étant toujours de 23 euros, la Sécurité sociale, sur une consultation de 25 euros, continuera à rembourser la somme habituelle de 22 euros. Le patient qui devait jusqu'ici  sortir 1 euro de sa poche, pourrait, avec cette consigne syndicale, en sortir 2 de plus.

Les médecins pénalisés ? MG France prend un risque en lançant cet appel car faire payer inopinément 25 euros la consultation est passible d'une sanction juridique de la part de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.

Contacté par Europe 1, le Conseil national de l'ordre des médecins a déclaré ne pas avoir à intervenir dans ce débat qui concerne les syndicats et la CPAM. Seules des plaintes de patients contre des praticiens ne respectant pas les tarifs réglementaires pourraient le pousser à agir. 

Le seul moyen pour un généraliste de se faire payer au-delà de 23 euros est en fait de passer en secteur 2, soit celui qui lui permet de faire des dépassements. Mais pour cela, il doit prouver qu'il a bénéficié d'une formation, supplémentaire à son internat, d'un durée de deux au sein d'un hôpital. Ce qui n'est pas le cas pour la majorité des généralistes. 

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