Enseignement des mathématiques : la méthode Singapour en action

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Basée sur la manipulation d'objets, cette méthode est préconisée dans le rapport Villani remis lundi au ministère. Europe 1 est allée à la rencontre d'une classe de CP qui l'utilise déjà en région parisienne.

Il suffit de descendre dans la rue demander aux passants ce qu'ils ont retiré de leurs cours de mathématiques, il y a plus ou moins longtemps, pour mesurer l'étendue du problème. "Je garde des souvenirs où je faisais des devoirs maison de géométrie, je mettais peut-être six heures à les faire. Ma mère m'aidait, je terminais en pleurs et la plupart du temps, j'avais 5", explique l'un d'eux. "Il fallait aller très très vite, et si on comprenait pas, tant pis pour nous. On revenait pas en arrière." "C'était horrible. On regardait la prof les yeux écarquillés en se demandant où on allait", se rappelle un autre.

Villani, au rapport. Et toute cette souffrance pour pas grand-chose : selon l'étude TIMSS, qui examine le niveau de mathématiques des élèves en fin de CM1, les petits Français sont les derniers européens du classement. Partant de ce constat, le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, est convaincu de la nécessité de changer l'enseignement de la matière du tout au tout. Un rapport a donc été commandé au mathématicien Cédric Villani, médaille Fields, et à l'inspecteur de l'Education nationale Charles Torossian, pour enfin trouver des solutions. Remis lundi matin au ministre, ce document préconise l'emploi des méthodes Singapour et SLECC ("savoir lire écrire compter calculer"). Toutes deux sont basées sur la manipulation d'objets pour apprendre à compter.


Quatre opérations dès le CP. Dans sa classe de CP d'une école en région parisienne, Madame Bertin n'ignore rien de ces méthodes, qu'elle emploie tous les jours avec ses élèves de 5 et 6 ans. L'enseignante leur apprend les quatre opérations dès cet âge-là. Les jeunes enfants comprennent donc les bases de l'addition, de la soustraction, de la multiplication et de la division.

Pour ça, le secret, c'est la manipulation. Madame Bertin passe par des cubes, des bouliers et de petits bâtons en bois de couleur, qu'elle appelle des "bûchettes". Si "maman a trois pièces de deux euros dans son porte-monnaie", les élèves de 6 ans alignent donc six bâtons verts qu'ils savent regrouper par 2. Puis, Odary, 6 ans, écrit la multiplication avec application : "Deux multiplié trois fois est égal à six..."

Manipulation. Madame Bertin explique : "L'enfant sait multiplier en CP avec de petites quantités. Si on sait additionner, on sait multiplier. Il suffit de regarder : deux + deux + deux, je vois trois fois la quantité deux. Ils sont capables aussi de partager dès que c'est possible. Je les mets en situation de pouvoir utiliser les 4 opérations."  C'est l'essence même de ce que prône Cédric Villani dans son rapport : manipuler, décortiquer le calcul à l'oral, puis poser l'opération.

Et du côté des élèves, on apprécie beaucoup. Dans cette classe, tout le monde participe et pas un enfant ne regarde en l'air ou par la fenêtre. "On fait des calculs intéressants, c'est facile et rigolo", s'amuse l'un d'eux.