Simone et Antoine Veil sont entrés au Panthéon

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Un an après sa mort, Simone Veil est entrée dimanche au Panthéon. L'occasion de rendre un hommage populaire dans les rues de Paris à cette figure de la vie politique française et européenne du 20ème siècle.

L'ESSENTIEL

Une grande dame dans le monument des grands hommes. Dimanche, Simone Veil a fait son entrée au Panthéon, aux côtés de son époux, l'avocat Antoine Veil. Grand témoin de la Shoah, ancienne ministre, icône du combat des droits des femmes, bâtisseuse de l'Union européenne, Simone Veil, disparue le 30 juin 2017, a laissé une empreinte indélébile dans l'histoire du pays, et le cœur des Français. 

Les principales informations à retenir :

  • Simone Veil et son époux Antoine Veil sont entrés au Panthéon dimanche

  • La cérémonie solennelle a réuni un millier d'invités, parmi lesquels de nombreuses personnalités politiques

  • Dans son discours, Emmanuel Macron a rendu hommage à cette défenseuse des droits des femmes et de l'Europe

La remontée vers le Panthéon

À 10h30, sous un ciel parfaitement bleu et une chaleur écrasante, le cortège funèbre est parti du mémorial de la Shoah et a traversé la Seine et le Quartier latin. Les cercueils ont ensuite été positionnés sur des catafalques sur la place Edmond-Rostand, sous les applaudissements du public, massé le long de la rue Soufflot. Cet hommage populaire est "logique et formidable", estime Jean-Louis Borloo sur Europe 1 dimanche matin. "En rentrant au Panthéon, on ancre dans l'éternité les combats qu'elle a portés", s'est-il enthousiasmé.

Puis, portés à l'épaule par la garde républicaine, les cercueils ont été acheminés jusqu'au Panthéon sur un tapis bleu, "couleur de la paix, de l'ONU et bien sûr de l'Europe". Ce moment bouleversant, tout en solennité, a été accompagné par un prologue de Shubert, interprété par la violoncelliste Sonia Wieder-Atherton et son quintette. 

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Crédit photo : LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Le cortège s'est ensuite arrêté à trois reprises pour des chants, dont celui "des marais" ou "des Déportés". L'Elysée et le Centre des monuments nationaux ont mis en scène une cérémonie solennelle forte en symboles. La remontée des cercueils est ponctuée de 21 panneaux qui évoquent chronologiquement la vie de Simone Veil. Neuf jeunes choristes, symbolisant les neuf pays à l'origine de la construction de l'Union européenne, ont entamé a capela L'Ode à la joie, pour rendre hommage à celle qui a tant œuvré pour la paix entre les peuples.

Pour rappeler la mémoire des Justes de la nation, qui ont protégé les juifs de la Déportation, les jeunes choristes ont ensuite interprété Nuit et brouillard de Jean Ferrat.

L'hommage solennel d'Emmanuel Macron

À 11h35, Emmanuel Macron a entamé un long discours d'hommage, sous la forme d'une mise en perspective historique. Le président a insisté sur l'apport de Simone Veil à la Nation. "La France aime Simone Veil. Elle l'aime dans ses combats, toujours justes, toujours nécessaires. La France l'aime plus encore car elle a compris d'où lui venait cette force, mise au service d'une humanité plus digne", a-t-il déclaré. Le chef de l'État a ensuite rappelé le combat de Simone Veil pour les droits des femmes, et l'érige en symbole. "Avec Simone Veil entre ici ces générations de femmes qui ont fait la France, sans que la nation leur offre la liberté qui leur était due. Par elle, que justice leur soit à toutes rendue", a-t-il souligné.

Simone Veil "se fit combattante de la paix, combattante de l'Europe. Elle voulut l'Europe par réalisme, non par idéalisme", a-t-il appuyé. Emmanuel Macron a aussi tenu à rendre hommage à Antoine Veil, son époux pendant 67 ans, homme de l'ombre, qui mit "son talent, son amour, au service des batailles menées par Simone". Rappelant l'immense complicité qui fit le ciment de ce couple, Emmanuel Macron a assuré que "le Panthéon, désormais, bruissera du murmure de leurs conversations".

Le discours du chef de l'État est suivi par La Marseillaise, chantée par la garde républicaine et Barbara Hendricks. Une minute de respect a ensuite été respectée, au son du "silence" du camp de Birkenau, où Simone Veil a été internée, enregistré sur place à l'aube, le 17 juin, par le réalisateur David Teboul.

Le dernier voyage de Simone et Antoine Veil

À 12h10, les cercueils de Simone et Antoine Veil ont passé l'imposant portail du Panthéon, où ils reposeront à jamais, inséparables, aux côtés de ceux qui ont fait la grande Histoire de France. Ils sont suivis par le couple Macron, ainsi que la famille Veil, enfants, petits-enfants et arrière petits-enfants.

Dans l'intimité, Simone et Antoine seront alors descendus, en présence de la famille, dans la crypte, à proximité de Jean Moulin, André Malraux et Jean Monnet, le "père de l'Europe". 

Les cercueils du couple seront exposés jusqu'à lundi au Panthéon. Le Panthéon sera exceptionnellement ouvert gratuitement du 1er au 8 juillet.

Une femme au Panthéon, une rareté

Simone Veil est la cinquième femme à être inhumée au Panthéon, après Sophie Berthelot, la physicienne Marie Curie et les résistantes Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz.

Sophie Berthelot, première à y reposer, au côté de son mari, le scientifique Marcellin Berthelot qu'elle avait assisté dans ses recherches, avait été distinguée "en hommage à sa vertu conjugale". Antoine Veil, mort en 2013, est le premier à entrer en tant qu'époux dans cette nécropole nationale qui regroupe environ 80 personnalités, dont beaucoup de militaires. Antoine Veil choisira dans les années 70 de devenir le plus proche conseiller de Simone Veil, dans l'ombre de sa femme. Son portrait est à lire ici.

Pour l'occasion, Europe 1 vous propose de vous plonger dans l'histoire extraordinaire du Panthéon.