Des enfants migrants sont "livrés à leur sort" à Paris, dénonce Human Rights Watch

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Des enfants migrants sont "livrés à leur sort" à Paris, dénonce Human Rights Watch
"A Paris, les autorités de la protection de l'enfance recourent à des procédures défaillantes d'évaluation de l'âge des enfants migrants non accompagnés", estime l'ONG dans son rapport. Image d'illustration.@ PHILIPPE HUGUEN / AFP
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Dans un rapport dévoilé mercredi, l'ONG Human Rights Watch reproche à la Croix-rouge des "pratiques arbitraires" pour définir si des migrants sont mineurs ou non. 

"Des centaines de jeunes migrants", arrivés sans famille en France, se retrouvent "livrés à leur sort à Paris," a assuré mercredi Human Rights Watch (HRW) en dénonçant des évaluations "défectueuses" de l'âge transformant leur prise en charge en "loterie". "A Paris, les autorités de la protection de l'enfance recourent à des procédures défaillantes d'évaluation de l'âge des enfants migrants non accompagnés, excluant un grand nombre d'entre eux de la prise en charge" à laquelle ils ont droit, affirme l'ONG dans un rapport de 82 pages.

Apparence physique et entretiens "flash". Pour être pris en charge, les mineurs qui arrivent à Paris doivent passer par un dispositif géré par la Croix-Rouge, qui déterminera leur âge. S'ils contestent la décision, ils peuvent saisir le juge, un processus long. Or, en raison de "pratiques arbitraires", certains peuvent être "à tort considérés comme des adultes" à leur arrivée, affirme l'ONG, en assurant que "de nombreux jeunes" sont "refusés de façon sommaire et erronée, sur le seul critère de leur apparence physique". Le rapport s'inquiète aussi d'entretiens "flash" et "mal menés", ajoute l'ONG, qui a interrogé 49 enfants non accompagnés et examiné les évaluations de 35 autres cas.

Pour d'autres, ce sont les papiers qui posent problème, soit parce que les jeunes "ne peuvent présenter leurs documents d'identité", soit parce que les autorités en "contestent l'authenticité". "Le fait d'avoir travaillé" dans leur pays ou sur leur parcours "est un motif de refus fréquemment utilisé", ajoute l'ONG, selon qui les autorités "invoquent aussi souvent la décision des jeunes de voyager sans leurs parents". "Dans d'autres cas, les évaluateurs ont déclaré aux jeunes ressortissants de pays francophones qu'ils maîtrisaient trop bien le français", ajoute le rapport. 

Des tests osseux peu fiables ? L'ONG s'inquiète aussi de voir que, lorsque ces jeunes saisissent la justice, "certains juges ordonnent régulièrement des tests osseux pour déterminer leur âge", alors même que les instances médicales ne voient pas là "un moyen fiable de déterminer l'âge".

La Croix-rouge se défend. La Croix-rouge a vigoureusement démenti ces accusations en assurant n'avoir "jamais refusé l'entrée à un jeune" et utiliser un référentiel pour son évaluation. "Nous ne parlons jamais d'entretiens flash", ajoute-t-elle dans une lettre jointe en annexe au rapport, en rappelant que "plus de 6.600 personnes ont été accueillies" par son dispositif l'an dernier. Près de 15.000 "mineurs non accompagnés" ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance en 2017, soit une augmentation de 85% en un an.