Des chercheurs découvrent les plus anciennes tombes musulmanes de France

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Des chercheurs découvrent les plus anciennes tombes musulmanes de France
Les tombes musulmanes découvertes à Nîmes. @ Patrice Pliskine / Inrap
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Les tombes, découvertes à Nîmes, dateraient du huitième siècle. C'est la première preuve matérielle d'une présence musulmane au Moyen-Age.

Des fouilles ont permis de découvrir trois tombes musulmanes à Nîmes, de loin les plus anciennes découvertes en France en la matière. Ces sépultures représentent les premières preuves matérielles de la présence d'une communauté de musulmans dans le sud du pays, au début du Moyen-Age. Découvertes près de tombes chrétiennes, elles semblent confirmer que les musulmans de l'époque entretenaient des liens étroits avec les populations locales.

Une découverte due… à la construction d'un parking. "On savait que les musulmans sont venus en France au 8e siècle mais on n'avait jusqu'alors aucune trace matérielle de leur passage", explique l'anthropologue Yves Gleize, de l'Institut français de recherches archéologues (INRAP), principal auteur de cette recherche publiée mercredi aux Etats-Unis dans la revue Plos One. "On disposait de quelques pièces de monnaie et de fragments de céramique, signes d'échanges commerciaux mais rien de plus", précise-t-il. Les trois tombes ont été excavées près d'une grande avenue de Nîmes, à l'occasion de la construction d'un parking souterrain. Elles montrent clairement des rites funéraires musulmans: les corps de trois hommes étaient placés sur le côté, la tête regardant dans la direction de la Mecque.

Les plus anciennes découvertes dataient du 12e. Des analyses des ADN prélevés sur des dents et les os indiquent qu'ils étaient d'origine nord-africaine. Ces hommes étaient âgés respectivement de 20 à 29 ans pour l'un, d'une trentaine d'années pour le deuxième, et de plus de 50 ans pour le troisième. Ils n'avaient aucune trace de blessure. La datation radiométrique des ossements les fait remonter entre les 7e et 9e siècles, précisent les chercheurs. Jusqu'à présent, la plus ancienne sépulture musulmane découverte en France, à Marseille, datait du 13e siècle. Une autre mise au jour à Montpellier pourrait remonter au 12e siècle.



Charles Martel prend le contrôle de Nîmes en 737. Selon ces anthropologues, toutes ces données laissent penser que ces trois squelettes appartenaient à des Berbères enrôlés dans l'armée du califat d'Omeyyades, durant la conquête arabe en Afrique du Nord au 8e siècle.

Il n'est toutefois pas possible, avec ces nouveaux indices, de savoir quelle était la taille des communautés musulmanes du sud de la France, à l'époque. Arrivées à Nîmes vers 719, selon les livres d'Histoire, elles n'ont toutefois pas dû y rester très longtemps. Le souverain franc Charles Martel a pris le contrôle de la ville en 737, cinq ans après la victoire de Poitiers contre les Sarrasins. Il l'aurait alors rasée, peut-être pour punir la population qui avait accepté la protection des musulmans, selon certains anthropologues. Selon des textes historiques, quelques communautés ont pu rester dans le sud de la France jusqu'à l'an 752, avant de disparaître.

Coexistence des musulmans et chrétiens ? Signe d'une possible co-existence de ces musulmans avec les populations autochtones au sien même de la ville, les trois tombes étaient relativement proches de sépultures chrétiennes. Et toutes ces tombes se trouvaient à l'intérieur d'une enceinte romaine qui devait délimiter une communauté urbaine, précisent les chercheurs. Plusieurs historiens ont d'ailleurs avancé l'hypothèse qu'à Narbonne, qui a été un temps sous domination musulmane au début du Moyen-Age, les populations locales ont peut-être accepté une sorte de protection pour en échange pouvoir préserver leurs lois et leurs traditions.

La découverte des sépultures de Nîmes paraît conforter l'hypothèse d'une relation plus complexe entre les communautés musulmane et chrétienne au début du Moyen-Age, selon Yves Gleize. "Il est difficile de dire dans quelles conditions (ils cohabitaient), si c'était une cohabitation subie ou non, si les rapports étaient pacifiques ou pas. (Mais cette découverte) va plutôt dans ce sens", analyse Jean-Yves Breuil, archéologue à l'Inrap, interviewé par Le Monde