Un bon d'achat pour abandonner la cigarette : "une réaction intra-cérébrale"

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Inciter des femmes enceintes à arrêter de fumer en leur donnant des bons d'achat répond à un processus neurologique, selon la tabacologue Marie Malécot, invitée d'Europe 1, vendredi.

INTERVIEW

L'annonce a fait grand bruit, jeudi. Seize hôpitaux français ont lancé, début avril, une étude qui propose aux femmes enceintes fumeuses de tenter de se sevrer durant leur grossesse, moyennant des bons d'achat. S'il a pu susciter le débat, le procédé répond à une logique médicale et pourrait se révéler efficace, selon Marie Malécot, tabacologue au centre hospitalier Saint-Joseph Saint-Luc de Lyon, invitée d'Europe 1, vendredi.

20% des femmes enceintes fument. "Les grossesses étant de plus en plus tardives, nos jeunes femmes ont souvent 10, voire 15 ans de tabagisme derrière elles", explique Marie Malécot. "Il est extrêmement difficile pour elles d'arrêter de fumer, malgré les campagnes de prévention : c'est le problème de l'addiction", souligne le médecin. Ainsi, une femme enceinte sur cinq fume au 3e trimestre de sa grossesse. Or, en moyenne, les nourrissons de mères fumeuses pèsent 300 grammes de moins que les autres à la naissance.

Système de la récompense. Dans le cadre de cette expérimentation, Marie Malécot réfute le terme de "paiement", expliquant qu'il ne s'agit que d'une incitation. "Nous ne payons pas nos femmes enceintes, nous les récompensons. C'est extrêmement différent", précise la tabacologue. "Le fait de leur donner des bons d'achats va déclencher une réaction intra-cérébrale, qui va agir sur le système de la récompense", poursuit-elle, argumentant que les montants des bons d'achat sont "très faibles". A chaque visite pré-natale, les futures mamans pourront toucher 20 euros, jusqu'à atteindre une somme maximum de 360 euros

"Comme des images à des enfants". "Nous avons pris cette décision parce que de nombreuses études ont montré que le fait de récompenser des adultes pouvait fonctionner dans le cadre de l'addiction", souligne la tabacologue. "C'est comme si on donnait des images à des enfants : on obtient de meilleurs résultats", estime-t-elle, jugeant "probable" que d'autres expérimentations étendant le raisonnement à l'ensemble des fumeurs voient le jour. "Mais pour l'instant nous conduisons celle-ci, qui semble très prometteuse", conclut le médecin.