Cinq questions sur le glyphosate

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Cinq questions sur le glyphosate
Le glyphosate est notamment l'un des principaux composants du controversé Roundup. @ AFP
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Une initiative citoyenne européenne visant à interdire l'herbicide, présent notamment dans le Roundup, a été officiellement lancée, mardi.

F.A.Q

Mi-janvier, la Commission européenne a validé l'enregistrement d'une initiative citoyenne européenne (ICE) visant à interdire le glyphosate, un herbicide commun mais controversé. Depuis, la coalition d'associations qui porte ce projet travaille "pour trouver les meilleurs outils, et maximiser les chances de réussite." Mercredi, l'ICE a été officiellement lancée à Bruxelles, Paris, Rome, Berlin et Madrid. "À partir d'aujourd'hui, les gens peuvent commencer à signer", explique à Europe1.fr François Veillerette, président de Générations Futures, l'une des organisations qui soutient le texte, au même titre, entre autres, que Greenpeace, WeMove.EU, Health and Environment Alliance (Heal) et la Confédération paysanne.

Qu'est-ce que le glyphosate ?

Synthétisé par le géant américain Monsanto dans les années 1970, le glyphosate est l'herbicide le plus utilisé dans le monde. La substance, extrêmement efficace, empêche toute plante naturelle de fabriquer certains acides aminés et protéines dont elle a besoin. C'est notamment le principe actif du très controversé Roundup, mais aussi de certains insecticides, comme le malathion et le diazinon. Depuis que son brevet est tombé dans le domaine public, en 2000, plusieurs dizaines de société commercialisent le glyphosate dans divers produits.

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Est-ce dangereux ?

La question fait débat. En mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le glyphosate comme une substance cancérogène "probable chez l'homme", même si "les preuves sont limitées". Six mois plus tard, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a jugé ce risque cancérogène "improbable", estimant que la substance n'était pas non plus génotoxique, c'est-à-dire susceptible d'endommager l'ADN.

Qui a raison ? Les conclusions de l'Efsa ont été jugées "faillibles" par 96 scientifiques du monde entier, qui ont rédigé une lettre ouverte au commissaire européen chargé de la Santé. L'Autorité, dont le groupe en charge du rapport n'était composé que de scientifiques membres, a expliqué cette différence par l'approche utilisée : elle ne s'était penchée que sur la substance chimique individuelle, tandis que le CIRC avait évalué des mélanges composant plusieurs pesticides. Depuis, une étude des Nations unies et de l'Organisation mondiale pour la santé (OMS) a conclu qu'il était "peu probable que le glyphosate provoque un risque cancérogène chez les humains qui y seraient exposés par l'alimentation." Selon l'OMS, ce résultat est compatible avec celui obtenu par le CIRC, portant notamment sur des cas "de très forte exposition".

Qui l'utilise ?

La substance sert surtout aux agriculteurs. "Le glyphosate est principalement utilisé pour les récoltes de céréales, mais aussi dans les vignes, pour les fruits et les olives", égrenait, en mai 2016, le secrétaire général du principal syndicat agricole européen, le Copa-Cogeca. Une "Glyphosate Task Force", regroupant les grands groupes de l'agro-industrie mondiale, parmi lesquels Monsanto, son compatriote Dow Chemical, ou encore le suisse Syngenta, a même été créée pour peser dans les débats sur l'interdiction de la substance.

Mais le glyphosate se trouve également dans les jardinières et les potagers : en France, les particuliers en répandent près de 2.000 tonnes - contre 8.500 pour les agriculteurs. Son faible prix et sa forte rentabilité expliquent, entre autres, ce succès. 

Est-ce autorisé en France ?

"La France a une position qui nous convient très bien. Le problème, c'est qu'elle n'est pas seule", diagnostique François Veillerette. Par la voix de plusieurs responsables politiques, notamment Ségolène Royal, Paris s'est en effet prononcé pour l'interdiction du glyphosate. Début juillet 2016, la ministre de l'Environnement a même obtenu le retrait de 132 produits combinant la substance controversée à la tallowamine, un adjuvant considéré comme dangereux par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses). "Mais cela ne retire qu'une partie du problème : le glyphosate peut être mélangée à d'autres adjuvants", déplore François Veillerette. Plusieurs centaines de produits contenant cette substance sont ainsi toujours en vente.

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a également exprimé ses réticences, considérant qu'"indépendamment des débats sur le caractère cancérigène ou non du glyphosate, les études dont nous disposons nous montrent que c'est un perturbateur endocrinien." En avril 2016, François Hollande avait lui-même souligné son opposition à l'utilisation de cette substance.

Et en Europe ?

Le fait que des produits à base glyphosate soient toujours disponibles à la vente en France s'explique par des dissonances au niveau européen. "Les États ne sont pas d'accord", explique François Veillerette. "L'Allemagne, désignée comme État rapporteur dans ce dossier, l'interprète dans un sens très favorable à l'industrie. En Angleterre aussi, on sait que ça coince sur tous les dossiers liés aux pesticides", poursuit-il. Lors des dernières négociations sur la prolongation de l'autorisation de la substance, plusieurs pays ont en outre refusé de se prononcer clairement sur le sujet. Faute d'être parvenue à trouver une majorité qualifiée, la Commission européenne s'est donc résolue à assumer seule cette responsabilité, fin juin 2016, en autorisant le glyphosate pour 18 mois maximum, jusqu'à un avis de l'Agence européenne des produits chimiques.  Cette prolongation est assortie de mesures de restriction, notamment dans la période précédant la moisson et dans les parcs et jardins publics.

"Le temps est compté. C'est pour cela que nous avons décidé de faire entendre la voix des citoyens", précise François Veillerette. Le texte de l'ICE appelle à l'interdiction du glyphosate, mais aussi à "des changements dans les procédures européennes d'évaluation scientifique des pesticides", avec des études "commandées par les pouvoirs publics et non pas par l'industrie chimique". Si l'initiative recueille au moins un million de signatures avant le 8 février 2018, dans au moins sept pays de l'UE, avec un nombre minimum dans chaque pays, la Commission européenne sera tenue de réagir dans les trois mois.