Cinq photos qui ont réveillé l'opinion

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Cinq photos qui ont réveillé l'opinion
Certaines photos marquent l'histoire. @ STAN HONDA / AFP
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Comme d'autres clichés avant lui, celui d'un petit garçon syrien retrouvé mort sur une plage turque a ému toute l'Europe.

EN IMAGES

La photo du petit Aylan, ce petit migrant syrien de trois ans retrouvé mort sur une plage turc, émeut l'Europe depuis mercredi. "Cette photo va peut-être changer l'histoire, c'est possible. En soi, sur la forme, elle est assez banale. C'est le contenu qui compte. Cette photo raconte une histoire", analyse pour Europe 1 Pierre-Jean Amar, historien de la photographie et du photojournalisme (l'intégralité de l'interview ici). "Lorsqu'il y a des enfants, l'émotion est évidente. […] La mort d'un enfant, dans ces circonstances-là, émeut. Et peut entraîner une prise de conscience de nos hommes politiques", poursuit le spécialiste.

Avertissement : le cliché placé au bas de cet article peut choquer.

>> Cette photo n'est pas la première à marquer les esprits. Europe 1 en a sélectionné cinq particulièrement bouleversantes.

• La Vietnamienne fuyant le napalm. En 1972, Kim Phuc, une Vietnamienne alors âgée d'environ neuf ans, fuit son village bombardé au napalm. Brûlée dans le dos, sa douleur et sa terreur ont été immortalisées par le photographe Nick Ut, qui obtiendra le Pulitzer la même année. La photo deviendra un symbole pour les opposants à la guerre du Vietnam, et pour les pacifistes du monde entier. 

>> Kim Phuc adulte, en 2013, lors d'une conférence, raconte son histoire, la photo de 1972 en arrière plan :

JIJI PRESS / AFP napalm Vietnam

JIJI PRESS / AFP

• La Soudanaise et le vautour. En 1993, le photographe Kevin Carter prend un cliché qui fait froid dans le dos, pour illustrer la famine au Soudan : une fillette, semble-t-il à bout de force, devant un vautour qui semble patiemment attendre sa mort. Kevin Carter reçoit le Pulitzer en avril de l'année suivante. Hanté par cette image et par la détresse des Soudanais, ainsi que par les critiques sur sa photo, accusé de voyeurisme, le photographe se donne la mort en juillet de la même année. 



• L'Afghane aux yeux verts. En 1984, Steve McCurry photographie une jeune Afghane de 13 ans, dans un camp de réfugiés au Pakistan. Elle vient de perdre ses parents dans un bombardement, dans la guerre opposant les soviétiques aux moudjahidines. Son visage et son regard feront la Une du magazine National Geographic en 1985, ainsi que le tour du monde. Symbole des guerres perpétuelles qui secouent l'Afghanistan et des réfugiés du monde entier, elle fut qualifiée de "photographie la plus reconnue" par le magazine. 

Afghane aux yeux verts

STAN HONDA / AFP


• Omayra Sanchez agonisant dans la boue. Omayra Sanchez, Colombienne de 13 ans à l'époque, a été filmée et photographiée en 1985, agonisant dans la boue et les décombres de sa maison, après l'éruption du volcan Nevado del Ruiz. L’adolescente luttera pendant trois jours et trois nuits avant de mourir, personne ne parvenant à la secourir. Le cliché de Frank Fournier, publié notamment dans Paris Match, met aussi en lumière les manquements de l'Etat colombien à l'époque.

"J'ai senti qu'il était important que je rapporte l'histoire et j'étais vraiment heureux qu'il y ait eu une réaction ; cela aurait été pire si les gens ne s'étaient pas inquiétés à son sujet. Je crois que la photo a aidé à réunir des fonds dans le monde entier nécessaires pour l'aider et a aidé à mettre en lumière l'irresponsabilité et le manque de courage des chefs du pays", se défend alors le photographe. Il reçoit le prix World Press Photo en 1986.



• Le jeune africain et le missionnaire. En 1980, un missionnaire blanc prend la main d'un petit garçon, en Ouganda. Il n'y a pas de visage sur la photo. Mais l'image d'une main suffit pour dénoncer la famine. Mike Wells, le photographe, reçoit le prix World Press Photo la même année.




La journaliste à l'origine des photos de l'enfant syrien retrouvé en Turquie a confié jeudi avoir été "glacée" lorsqu'elle a aperçu le corps échoué sur une plage de la station balnéaire de Bodrum (son témoignage complet ici). Mais pour l'historien Pierre-Jean Amar, il fallait la faire : "les photojournalistes font leur travail en prenant ces clichés. On peut leur reprocher de choisir la facilité de l'horreur, de vouloir faire pleurer dans les chaumières, voire de gagner de l'argent. Mais le photojournaliste a tout de même raison de le faire. C'est son métier, il est là pour ça : rendre compte". Pour rappel, voici la photo :

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