Centre pour SDF : le projet qui agite les habitants du 16e

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Centre pour SDF : le projet qui agite les habitants du 16e
Le futur centre d'hébergement pour SDF dans le bois de Boulogne. @ AFP PHOTO / MOONARCHITECTURES
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La tension est montée d'un cran autour du projet du centre d'hébergement pour SDF lundi soir lorsqu'une réunion publique a dû être écourtée face à la bronca des habitants. 

La réunion avait été prévue pour calmer les esprits et répondre aux inquiétudes des habitants. Elle a finalement tourné court face aux insultes et invectives d'une partie de la salle. Lundi soir, à l'université Paris-Dauphine, les autorités publiques ont fait face à l'hostilité des riverains du 16e arrondissement, vent debout contre le projet du futur centre d'hébergement pour SDF. Selon Libération qui fait le récit détaillé de la soirée, le débat s'est rapidement embrasé au point de devoir être interrompu au bout de vingt-cinq minutes. Mardi, Manuel Valls a exprimé la "détermination" de l'Etat à soutenir le projet. Alors, pourquoi une telle opposition ? Quels sont les arguments des riverains ?

Quel est le projet ? D'ici cet été, six habitations en dur visant à héberger des SDF devraient voir le jour dans l'allée des fortifications, qui borde le bois de Boulogne, entre la Porte de la Muette et la Porte d'Auteuil. Le futur centre pourra accueillir jusqu'à 200 sans-abri, des hommes mais aussi des femmes et des enfants. Des familles donc et qui devraient être logées pour trois ans. Le projet, qui a reçu l'accord de la commission des sites et du ministère de l'Environnement, a obtenu son permis de construire et sera piloté par l'association Aurore. Cette association qui lutte contre l'exclusion regrette d'ailleurs amèrement de ne pas avoir pu "développer les éléments du projet lundi soir". "On sait comment faire, on gère plus de 150 structures", explique-t-on à Europe 1. Une équipe de travailleurs sociaux sera ainsi présente 24 heures sur 24 pour assurer la gestion du centre. 

"Il est hors de question de céder à ces intimidations". "Escroc", "fils de p***", "collabo"... Voici quelques unes des insultes proférées dans la salle lundi soir. Contacté par Europe 1, Ian Brossat, le maire adjoint de Paris (PC) en charge du logement et de l'hébergement d'urgence, qui était présent à la réunion, regrette ce qui s'est passé. "Ce sont les riverains qui ont demandé cette réunion d'information, on l'a tenue à leur demande donc c'est un peu paradoxal de n'avoir pas pu aller au bout face à toute cette bronca", soulève-t-il. "Tous les projets de logement social dans le 16ème font l'objet de recours mais ça ne se traduit pas toujours par autant de violences verbales", poursuit-il, arguant du fait qu'il "y a plus de 70 centres d'hébergement à Paris et aucun dans le 16ème". Pour autant, "il est hors de question de céder face à ces intimidations". "Ma détermination est renforcée et si vous aviez besoin de prouver les ravages de l'entre soi, on en a eu la démonstration flagrante hier…", conclut l'élu.



"Ils ont peur de ce qu'ils ne connaissent pas". Même son de cloche du côté de la préfete de Paris Sophie Brocas. Copieusement insultée lors de la réunion, cette dernière explique à Europe 1 que "c'était violent à son (mon) encontre mais aussi à l'égard de tous deux qui auraient dû présenter le projet". "Je trouve ça assez consternant que des gens que l'on pourrait penser éduquer n'utilisent pas le dialogue pour échanger", dénonce-t-elle. "Ce n'est pas parce que l'on est pauvre que l'on est malhonnête. Les gens qui hurlaient hier soir pourraient eux-aussi avoir un revers de fortune et ce n'est pas pour ça qu'ils deviendront des délinquants", poursuit-elle, avant d'affirmer : '"ils ont peur de ce qu'ils ne connaissent pas". Le Premier ministre a lui apporté mardi son soutien, se disant "profondément choqué" par les incidents. "Rien ne peut justifier les insultes et les menaces dont la représentante de l'Etat (la secrétaire générale de la préfecture, ndlr) a fait l'objet", a-t-il lancé lors de la séance de questions à l'Assemblée nationale. 

L'argument écologique mais pas que. Pourquoi une telle levée de boucliers ? C'est l'argument écologique qui a d'abord été brandi, notamment par l'association de la coordination pour la sauvegarde du bois de Boulogne. Son président Christophe Blanchard-Dignac regrette lui aussi la manière dont s'est déroulée la réunion de lundi soir mais il dénonce "un débat bien trop tardif qui arrive après l'obtention du permis de construire". "Depuis le début, la mairie de Paris a décidé de faire ce qu'elle voulait sans concertation, la méthode employée est une caricature de la démocratie participative", explique-t-il à Europe 1. Il dit notamment "combattre le fait de construire dans un espace vert protégé". Un argument balayé par la préfete qui soutient que "l'on peut construire dans des sites classés à des conditions bien précises qui sont ici respectées".

Mais, au début du projet, c'est l'accueil de migrants en attente du statut de demandeur d'asile qui avait été évoqué, provoquant l'ire des habitants. Encore aujourd'hui, c'est une crainte qui reste très partagée. Dans un article de Buzzfeed sur la réunion de lundi, les paroles rapportées de riverains sont assez explicites. "Si c'est pour que les migrants violent nos enfants, c'est non !", y-a-t-on entendu ou encore "On a payé notre appartement 10.000 euros le mètre carré, avec les migrants, ça vaudra plus rien". L'argument écologique dissimule surtout les craintes et les peurs d'une population aisée.  



La fronde des élus locaux. Cette inquiétude est aussi habilement relayée par les élus locaux et en particulier par le maire du 16ème, le député Les Républicains Claude Goasguen. Ce dernier a ainsi lancé une pétition sobrement intitulée "Refusons un Sangatte dans le Bois de Boulogne", qui a été signée par 40.000 personnes. Selon Libération, l'édile, "debout devant l'estrade", a "chauffé la salle" de lundi soir, dénonçant les "thuriféraires de la morale". Dans un article de Ouest France, il expliquait : "la nuit on a toutes les prostituées qui circulent…Ce n'est déjà pas très agréable. Je ne veux pas que ce soit un réservoir de gens en déshérence".

Le maire du 16ème, qui a rallié à son combat des élus des Hauts-de-Seine, a réagi sur son blog après la réunion avortée de lundi soir. "Ce qui s'est passé hier lors de la réunion organisée par la Mairie de Paris témoigne des résultats d'une politique qui substitue le diktat à la concertation nécessaire à la prise d'une décision", écrit-il. S'il dit espérer un accord pour éviter les recours administratifs, d'autres ont en tout cas déjà prévenu qu'ils useraient de ce moyen comme l'association pour la sauvegarde du bois de Boulogne. Ce à quoi la préfete répond : "il y a un système qui s'appelle le juge et qui dira le droit".