Casse de la Brink's à Toulouse : l'ex-punk Gilles Bertin face aux juges, 30 ans après

  • A
  • A
Casse de la Brink's à Toulouse : l'ex-punk Gilles Bertin face aux juges, 30 ans après
@ AFP
Partagez sur :

Le 27 avril 1988, Gilles Bertin avait participé au braquage de la Brink's à Toulouse, qui lui avait rapporté 11,7 millions de francs, avant de s'évanouir dans la nature pendant 28 ans. 

Gilles Bertin, braqueur de la Brink's en avril 1988, est venu solder ses comptes mercredi devant les assises de la Haute-Garonne après avoir passé 28 ans en cavale. Quatre femmes et trois hommes ont été tirés au sort pour ce procès qui a lieu 30 ans après le braquage, lequel avait rapporté 11,7 millions de francs, soit environ 2,86 millions d'euros en tenant compte de l'inflation, dans le dépôt toulousain de l'entreprise de sécurité.

27 avril 1988. Jean et chemise grise, cheveux châtains clairs et frisés, Bertin est arrivé libre à l'audience. Il s'est refusé à toute déclaration à son arrivée avant d'apparaître nerveux sur le banc pendant la lecture de l'ordonnance de mise en accusation. Dans cette affaire qui se présente d'une façon "un peu particulière", comme l'a fait remarquer le président de la cour Guillaume Roussel, c'est-à-dire sans enquêteur ni témoin, l'accusé s'est montré très précis. Et n'a réfuté aucune responsabilité. 

Les faits remontent au 27 avril 1988, sous fond de crainte du sida et d'une envie de brûler la vie, même si, a avoué Bertin, de cette maladie, finalement "on en parlait peu, on gardait la tête en bas". Les braqueurs, bien préparés, avaient enlevé et séquestré deux responsables et leurs épouses pour se faire ouvrir les locaux. Ils avaient ensuite vidé la chambre forte. Enfin, ils avaient téléphoné, hilares, au quotidien régional pour annoncer leur forfait, lequel n'avait nécessité aucun coup de feu.


Deux ans de préparatifs. "Pourquoi venir à Toulouse alors que vous étiez à Bordeaux ? a demandé le président. "Nous nous savions recherchés pour une tentative de braquage à Nantes, alors nous sommes partis à Toulouse. Ensuite Didier Bachère (décédé) m'a contacté pour ce coup. Nous l'avons préparé ensemble. Nous étions amis", a expliqué Bertin, racontant toute la période de préparatifs, - environ deux ans - car la grande difficulté était de rentrer dans l'établissement "sans trop de violence".  Le coup avait été réalisé "de façon quasi militaire" avec moult détails comme le déguisement en gendarmes équipés d'une Renault 4, leur voiture de l'époque. C'était une telle réussite que ce travail a été d'abord attribué au grand banditisme, a dit le président. "Seul le partage du butin qu'on espérait très important n'avait pas été prévu. Ni la fuite", a précisé Bertin.

Condamné par contumace à 10 ans de prison en 2004. L'ancien chanteur punk du groupe Camera Silens, concurrent à l'époque sur la scène bordelaise de Noir Désir de Bertrand Cantat, encourt 20 ans de réclusion criminelle pour ce braquage commis avec sa dizaine d'amis musiciens. Il a écopé par défaut de 10 ans de réclusion en 2004. Lors de ce premier procès devant les assises de la Haute-Garonne, 16 ans après le vol, quatre prévenus, dont un proche de l'ETA, morts du sida, manquaient à l'appel. Deux autres avaient écopé de peines de prison avec sursis, échappant à la détention à cause du délai déraisonnable de l'instruction. Sept complices avaient eux été condamnés pour "recel" ou pour une aide apportée à l'équipe.

Se rendre pour son fils. Pendant l'audience, Cecilia Miguel, la compagne espagnole de Bertin, est attendue pour le défendre. Ils se sont rencontrés dans les années 1990, au cours de la cavale, et elle a toujours milité pour qu'il vienne solder ses comptes. "J'ai toujours voulu qu'il se rende. Souvent cela n'a pas été possible. Maintenant je le soutiens", a expliqué cette femme. C'est finalement la venue de son petit garçon, âgé de sept ans maintenant, qui a poussé l'ex-punk à se rendre le 17 novembre 2016. A risquer sa liberté pour retrouver, affirme-t-il, sa dignité. 

"Il aurait pu attendre tranquillement la prescription" [2024, ndlr], a remarqué son avocat, Me Christian Etelin, constatant qu'il y avait "très peu de chance" que la police débarque à Barcelone dans le bar de sa compagne et de ses parents où il travaillait. "Mais mentir sur son histoire lui était devenu insupportable. Il a décidé d'être dans la clarté", ajoute-t-il. Le verdict est attendu dans la soirée.