Bluffée par leur "héroïsme ordinaire", une retraitée fait témoigner 200 policiers dans un livre

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L'auteure, Marie Aubèle, s'avoue bluffée par la maîtrise des policiers en public et comprend leurs revendications pour plus de moyens et une justice plus stricte.

Renaud a "embrassé un flic", Marie Aubèle leur donne la parole. Cette retraitée, correctrice et auteure de deux livres sur le bouddhisme, publie La police est bien faite, malgré tout ! (éditions Au Pays rêvé, 309 pages, 22 euros, sortie le 31 octobre), un recueil de témoignages de 200 policiers sur leur métier. Un éclairage différent sur la grogne des policiers, qui manifestent depuis dix jours.

Des préjugés sur les policiers. Tout commence par hasard pour l'auteure, qui, au départ, ne porte pas la police dans son cœur : "C’est un accident de parcours puisque j’ai été amenée à déposer plainte à titre privé dans un commissariat. J’avais quelques préjugés peu favorables à l’égard de la police. Je me disais toujours que c’était plus facile de s’arrêter à des gens comme moi que de poursuivre des grands malfrats", raconte Marie Aubèle au micro d'Europe 1. Lors de son dépôt de plainte, elle voit une affiche pour devenir citoyen volontaire et décide malgré tout de candidater. Retenue, elle effectue des missions d'accueil, d'écoute des victimes, de médiation sociale ou de sensibilisation au respect de la loi.

Bluffée par leur maîtrise. De l’intérieur, Marie Aubèle observe le comportement des policiers, discute avec eux, les interroge sur leur parcours familial et professionnel. "Pendant qu’ils me racontaient les actions qu’ils accomplissaient sur le terrain, j’ai vu des émotions. J’ai vu des hommes costauds, des gabarits avoir les larmes aux yeux. Mais j'ai surtout été bluffée par la maîtrise des agents face aux provocations reçues sur le terrain." 

200 policiers témoignent. Touchée, la retraitée décide de tout coucher par écrit, de donner la parole à ces fonctionnaires. Après avoir obtenu l’accord du directeur départemental de la sécurité publique de Charente, elle pose à chacun une même question : "Quels ont été les événements qui pourraient signer votre carrière ?". Face à cette question ouverte, 200 policiers d'Angoulême, surtout, mais aussi de Paris, Lille, Marseille, Pau, Bordeaux, Lyon ou Orléans déroulent des histoires marquantes, drôles, émouvantes, dramatiques.  Pour éviter toute intervention ou pression de la hiérarchie, les interviewés sont anonymisés. Surtout, le regard de l'écrivaine a changé : "Je les ai vu vivre au quotidien et peu à peu, les barrages d’a priori que j’avais tombaient les uns après les autres. Ils viennent du fait qu’il y a peu de liens directs entre la police et les citoyens".

"Ils souffrent du manque de moyens". Aujourd'hui, Marie Aubèle assure comprendre la colère des policiers qui descendent dans la rue et manifestent devant les tribunaux. "Quand on voit la situation actuelle et les conditions dans lesquelles ils doivent exercer ce métier extraordinaire, cela relève d’une forme d’héroïsme ordinaire. Les manques de moyens récurrents les font souffrir parce que cela ne leur permet d’exercer correctement, comme ils l’entendraient, leur cœur de mission." En immersion, elle constate aussi les lourdeurs administratives, le manque de moyens et l’image de plus en plus dégradée de la police aux yeux de la population. "La justice étant ce qu’elle est aujourd’hui, le petit voyou que les policiers ont arrêté, quand il va sortir à la fin de sa garde à vue, il va récidiver et donc ils ont l’impression de travailler pour rien", lâche la retraitée.