Bizutage : "C'est très difficile pour un élève de porter plainte"

  • A
  • A
Partagez sur :

Françoise Mougin, secrétaire générale du Comité national contre le bizutage, réagit après des révélations sur la persistance de rituels humiliants au centre des Arts et Métiers d'Angers. 

INTERVIEW

Comment mettre fin au bizutage ? Cette pratique qui accompagne parfois l'intégration de nouveaux étudiants continue de faire scandale. La ministre de l'Education Najat Vallaud-Belkacem a réagi mardi à un rapport révélé par Libération sur la persistance de rituels humiliants au centre des Arts et Métiers d'Angers, dans le Maine-et-Loire. Invitée de la matinale d'Europe 1 mercredi, Françoise Mougin, secrétaire générale du Comité national contre le bizutage, fait un état des lieux. 

Une spécialité française. Pour Françoise Mougin, le bizutage est une pratique typiquement française. "Le bizutage, c'est une spécialité française, en Europe en tout cas, et ça continue. Ça recule mais tous les ans, nous sommes saisis au Comité d'une quinzaine de témoignages", explique la secrétaire générale. Et tout cela en dépit de la loi de 1998, qui punit un délit de bizutage de 7.500 euros d'amende et six mois d'emprisonnement. Une loi "bien faite" pour François Mougin, mais "difficilement applicable". "Pour que ce soit applicable, il faut porter plainte. Et c'est très difficile pour un élève qui a été bizuté, parce que si il veut rester dans l'école il a intérêt à faire profil bas", indique-t-elle.

"S'il dénonce, c'est une balance. Il pense qu'il va être mis au banc de son école, on lui fait croire qu'il ne trouvera pas de travail et qu'il est le seul à ne pas être content. Cela relève des techniques sectaires", insiste la spécialiste, dénonçant une pratique qui concerne "toutes les grandes écoles". Françoise Mougin rejette également l'idée de l'existence d'un bizutage "bon enfant" : "il ne peut pas y avoir de 'gentil bizutage'. C'est amener quelqu'un, contre son gré ou non, à commettre des actions dégradantes et on ne peut pas écrire ce qui est dégradant, chacun sait ce qui le dégrade".

A qui faut-t-il en parler ? Pour Françoise Mougin, c'est tout l’intérêt de son comité. "Nous sommes à l'écoute mais nous ne sommes pas des psychologues, nous ne sommes pas des sociologues. Quand un jeune nous appelle et nous raconte ce qui s'est passé, on lui garantit son anonymat et on lui demande si il veut bien qu'on intervienne", raconte-t-elle. Le Comité national contre le bizutage prend alors contact avec l'établissement dans le but d'essayer de faire cesser la pratique sans stigmatiser l’élève en question. 

Malgré tout, Françoise Mougin assure que "cela avance", en particulier aux Art et Métiers (Ensam). "Sur l'Ensam, on espère maintenant que cela va changer. Si on rééquilibre la part des anciens élèves dans les conseils d'administration, ça devrait changer quelque chose", explique-t-elle, soulignant que le bizutage, c'est "les anciens contre les nouveaux" et que les premiers sont encore "trop puissants". De même, elle indique que le laxisme des chefs d'établissement est en baisse.