Bilan de la réforme des rythmes scolaires : "les enfants sont plus fatigués qu'avant et moins réceptifs"

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Très critiquée, la réforme des rythmes scolaires est appliquée depuis trois ans. Et le constat semble partagé par les enseignants et les parents d'élèves : les enfants sont plus fatigués.

L'ENQUÊTE DU 8H

Najat Vallaud-Belkacem présentera jeudi les grands chiffres de la rentrée 2017 et son bilan au ministère de l'Éducation nationale. Habituellement donnée à la fin des vacances d'été, cette conférence de presse annuelle a été avancée en raison du calendrier électoral. L'occasion de revenir sur l'une de ses réformes les plus emblématiques, et les plus contestées : celle des rythmes scolaires en primaire et maternelle. Quel en est le bilan près de trois ans après sa mise en place ?

Des journées longues et plus fatigantes. Ce n'est pas une réussite totale si l'on en croit les échos venant du terrain. L'objectif était de concentrer les apprentissages importants (lecture, écriture et calcul) sur cinq matinées au lieu de quatre pour faciliter la concentration des élèves. Dans ce domaine, le but a été atteint. Mais paradoxalement, pour les élèves, une matinée d'école supplémentaire signifie des après-midis de classe plus courts et des activités périscolaires plus longues. Ce serait là, LA limite de la réforme.

"Ça n'a pas résolu le manque d'attention des élèves. Il est clair que les enfants sont plus fatigués qu'avant et moins réceptifs parce que les journées, avec l'encadrement des activités périscolaires, sont beaucoup plus longues", constate un directeur d'école. Un constat partagé par une mère de famille de la région parisienne. "Je ne viens jamais les chercher à 15h mais je pense qu'il n'y a pas beaucoup de parents qui sont disponibles. Donc ils enchaînent le périscolaire et parfois même l'étude derrière et ils sont vraiment fatigués."

Une fatigue difficile à mesurer. Bien que ce ressenti soit largement partagé par les parents d'élèves et les enseignants, aucune étude ne permet de mesurer scientifiquement l'efficacité pédagogique de la réforme. Pour cela, il aurait fallu faire un état des lieux sur la concentration des enfants avant la mise en place de la réforme. 

Les chronobiologistes, quant à eux, rappellent que l'idéal des élèves serait d'avoir classe le samedi matin plutôt que le mercredi. Ce qui permettrait aux enfants de faire une pause en semaine et d'avoir une coupure moins marquée le week-end. Un rythme adopté par seulement 2% des communes.

Certains experts recommandent de rallonger la matinée de travail en réduisant la pression l'après-midi, à la manière du rythme allemand. Ils conseillent également de créer des espaces de siestes pour que les enfants puissent se reposer après la cantine. Quant au retour à la semaine de quatre jours (pas d'école le mercredi ni le samedi), les chronobiologistes sont formels : ce serait une erreur pour le rythme de l'enfant.

Des activités périscolaires compliquées à financer.Les activités périscolaires, qui sont financées par les communes, ont également été au centre de critiques : elles auraient créé des inégalités entre les élèves. Tous, n'ont pas la chance de faire des ateliers théâtre, de la musique ou du ping-pong, faute de budgets suffisants.

Selon l'Association des Maires de France, 70% des communes admettent avoir des difficultés persistantes pour organiser ces activités. Alors quatre candidats à l'élection présidentielle envisagent d'assouplir ou de supprimer la réforme des rythmes scolaires. Ce serait alors la troisième réorganisation en 10 ans.