Bac philo : attention au piège de la citation facile

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Bac philo : attention au piège de la citation facile
L'épreuve de philosophie de la session 2014. @ FREDERICK FLORIN / AFP
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A quelques heures de la première épreuve du bac, des enseignants de philosophie donnent leur avis quant à la question des citations dans les copies. 

BAC

A la veille de l'épreuve de philosophie, nombreux sont les élèves de terminale cherchant les dernières astuces qui leur permettront d'obtenir la meilleure note possible.

Cette quête mènera sûrement quelques-uns sur des sites présentant des listes de citations liées au programme et promettant de gagner des points au bac. 

"La vérité subsiste éternellement", "je pense donc je suis", "conscience signifie d'abord mémoire",... Parmi les phrases et extraits sélectionnés par l'Etudiant ou encore Digischool, on retrouve généralement des citations de maîtres de la pensée tels que Pascal, Descartes ou encore Bergson. 

>> Mais, comment utiliser ces citations à bon escient ? Europe1.fr a posé la question à Guillaume von der Weid, philosophe et enseignant à Sciences-Po, ainsi qu'à Marianne Chaillan, professeur de philosophie au lycée St-Joseph de la Madeleine à Marseille. 

Les citations, des outils entravant souvent la réflexion.

Comme Guillaume von der Weid le rappelle, la philosophie fait peur. Impressionnés, les élèves peuvent ainsi être amenés à croire qu'ils ont forcément besoin de s'appuyer sur la pensée d'auteurs illustres. Pourtant, selon ce dernier, la priorité est de penser par soi-même. 

L'enseignant s'explique : "Il faut que le candidat s'autorise à utiliser ses propres exemples ainsi que son ressenti et son vécu personnel, qui représentent une matière énorme et très riche. Qu'il en ait conscience ou non, l'élève a à sa disposition une multitude de connaissances qui rendront sûrement sa copie plus profonde que s'il plaquait simplement des citations. Cela explique le fait que citer soit souvent contre-productif. "

Il faut voir le moment de la notation comme un rendez-vous galant. 

Par ailleurs, le philosophe rappelle qu'une dissertation structurée et intelligente n'est pas forcément organisée autour de quelques citations. En effet, pour Guillaume von der Weid, "si l'on veut que le correcteur soit intéressé et trouve la copie pertinente, il faut le percuter de façon constructive. Il faut voir le moment de la notation comme un rendez-vous galant. Si vous assommez votre interlocuteur de votre savoir sans l'imager, à la manière d'un listing et afin d'étaler votre culture générale, vous allez vite l'ennuyer. Cela pourra même être un tue-l'amour. Il faut voir la relation entre le professeur qui corrige et le candidat à l'origine de la copie de la même manière. "

Même avis pour Marianne Chaillan, professeure de philosophie et auteure d'ouvrages didactiques. Selon cette dernière, "il ne viendrait à l'idée de personne d'aller au bac de mathématiques sans connaître ses théorèmes. De même, en philosophie, la connaissance de la pensée de grands auteurs est donc un auxiliaire essentiel. " Pour autant, "l'épreuve de philosophie n'est pas une épreuve d'érudition mais de réflexion" rappelle-t-elle. 

Selon Marianne Chaillan, ce qui est essentiel, c'est donc de "se mettre à l'épreuve de penser". Pour l'auteure du livre Harry Potter à l'Ecole de la Philosophie, "il ne faut pas fuir ce moment délicat où l'on se retrouve seul face au sujet. Surtout, il ne faut pas rabattre le sujet, qui sera toujours singulier, sur un cours appris par cœur qui lui ressemble et que l'on plaquera pour mieux se rassurer. En effet, on sera rassuré mais on sera aussi passé à côté du cœur de l'épreuve, qui sera ratée. " 

Les citations ne doivent servir qu'à appuyer sa propre réflexion

Mais alors, comment se servir des citations avec finesse et intelligence ? "Si l'élève part de ses propres connaissances puis qu'il trouve des citations et thèses en rapport, bingo !" répond Guillaume von der Weid. Pour ce dernier, la citation ne doit servir "qu'en tant qu'illustration". Elle vient en "deuxième lieu, après que l'on ait fait le plus gros du travail". 

Plutôt que de balancer des citations sans réfléchir, Marianne Chaillan incite plutôt les élèves à se servir de leurs connaissances dans toutes les matières. Une référence à un grand bouleversement de l'Histoire ou à un principe de physique quantique aura par exemple peut-être plus de poids qu'un "je pense donc je suis" mal placé. De même, la culture générale est plus qu'utile pour l'épreuve de philosophie. "Penser le sujet avec le cinéma, par exemple, donnera une singularité à vos copies !" confie-t-elle. 

Lors de l'épreuve de philosophie, il faut accepter d'être mis en difficulté. 

D'après la professeure, une chose est sûre : "Lors de l'épreuve de philosophie, il faut accepter d'être mis en difficulté. " Par ailleurs, selon elle, "il faut chercher à transformer ce qui aura l'apparence d'une question en problème, ce qui n'est pas la même chose. L'important, c'est de montrer que la question posée par le sujet admet plusieurs réponses qui sont contradictoires entre elles. Le but de la dissertation sera de soutenir ces réponses, de les faire s'affronter puis de désigner à la fin la réponse qui paraît la plus solide. "

Enfin, Marianne Chaillan conclue en recommandant aux bacheliers de prendre du plaisir à penser, ce qui est, comme elle l'avoue, "une chose difficile mais importante se ressentant à la lecture d'un devoir. "

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