Avant la présidentielle, les évêques écrivent une "lettre" inquiète à la France

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Avant la présidentielle, les évêques écrivent une "lettre" inquiète à la France
@ AFP
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Dans une lettre d'une soixantaine de pages, les évêques de France appellent à retrouver du sens dans la politique.

Identités fragilisées, intégration en panne, laïcité sous tension, éducation en crise… Les évêques publient une longue et sombre lettre "aux habitants de France", qui appelle à un constat "lucide" sur l'état du pays à quelques mois de la présidentielle.

Les évêques "préoccupés". "Si nous parlons aujourd'hui, c'est parce que nous aimons notre pays et que nous sommes préoccupés par sa situation" : ainsi commence ce document rare, intitulé Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique. Il a été voulu par les dix membres du conseil permanent de la Conférence des évêques (CEF) - sorte d'exécutif de l'Eglise catholique en France - en vue des élections de 2017. Officiellement rendue publique jeudi, cette lettre d'une soixantaine de pages, coéditée par trois maisons (Bayard, Cerf, Mame), sera disponible vendredi en librairie au prix de 4 euros.

"Fournir des éléments de réflexion". Même si les fidèles se comptent en millions, "nous avons voulu quelque chose qui ne soit pas 'les cathos pour les cathos'", a précisé cette semaine à la presse le président de la CEF et archevêque de Marseille, Mgr Georges Pontier. Trois mille exemplaires ont été envoyés aux élus, partis, syndicats et autres interlocuteurs, selon le porte-parole des évêques, Mgr Olivier Ribadeau Dumas, qui évoque un "appel au dialogue sans hystérie ni raideur". "L'ambition est de fournir des éléments de réflexion et de pointer dix exigences", selon Mgr Pontier: "Comment redonner un souffle, une vision commune pour que les Français, divers, puissent retrouver des raisons de vivre ensemble ?"

La parole "trop souvent pervertie". Les constats ne sont pas tendres. Sur la classe politique, pour commencer : "L'attitude et l'image de quelques-uns jettent le discrédit sur l'ensemble de ceux qui vivent l'engagement politique comme un service de leur pays", "la parole a trop souvent été pervertie, utilisée, disqualifiée". Dans la société, "la contestation est devenue le mode de fonctionnement habituel, et la culture de l'affrontement semble prendre le pas sur celle du dialogue", déplorent les évêques, égratignant "réseaux sociaux et médias, surtout audiovisuels": "On ne peut sans cesse jouer sur la com' et l'audience".

S'interroger sur les djihadistes. Les personnes d'origine étrangère "n'arrivent pas à trouver leur place", quand "les valeurs républicaines de liberté, égalité, fraternité, souvent brandies de manière incantatoire, semblent sonner creux pour beaucoup de nos contemporains". Pas question d'aborder de manière guerrière la problématique identitaire, si présente dans une précampagne électorale marquée notamment du sceau des récents attentats djihadistes en France. A propos des jeunes tentés par le djihad armé, les évêques appellent à pousser la réflexion : "Sans minimiser en aucune façon leur responsabilité ni celle des commanditaires qui ont manipulé leur destin, il convient de se demander pourquoi l'intégration n'a pu s'opérer, et comment notre société a laissé une partie de sa jeunesse se perdre dans de telles aventures mortifères et meurtrières". Et de s'interroger sur la "crise" de "notre système éducatif".

Le sujet de la laïcité est devenu un "lieu de tension" qui "tient beaucoup au mouvement de réaffirmation des religions, particulièrement de l'islam", note l'épiscopat. Mais ce doit être un "cadre juridique", pas "un "projet de société" et de "neutralisation religieuse", plaide-t-il, alertant sur des "frustrations qui vont conforter le communautarisme".