Attentat des Champs-Élysées : "les juges ne peuvent pas prédire ni prévoir l'avenir"

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Condamné à un sursis et une mise à l'épreuve qu'il n'a pas respecté, Karim C. avait écopé d'un rappel à ses obligations début avril, ce qui a suscité l'inquiétude des syndicats de police.

TÉMOIGNAGE EUROPE 1

Il avait manqué à ses obligations de justice avant de commettre l'irréparable. L'auteur de l'attentat des Champs-Élysées, jeudi, avait été condamné en 2015 dans une affaire de vol avec effraction, à quatre ans de prison dont deux ans avec sursis et mise à l'épreuve. Or, Karim C. avait effectué un voyage en Algérie en début d'année sans en avertir la justice, et avait écopé à ce titre d'un rappel à ses obligations début avril par le juge d'application des peines. Une décision qui a étonné les syndicats de police. 

L'inquiétude des policiers. Plusieurs syndicats de police ont en effet exprimé leur inquiétude et réclamé plus de fermeté contre les suspects dangereux, déjà dans le viseur de la justice. "On peut s'étonner, sans remettre en cause la justice, que cet individu soit remis en liberté, ce qui démontre une nouvelle fois le fossé entre la mission de protection de la population assignée aux policiers et les décisions de justice qui compliquent leur mission", a déclaré vendredi Jean-Claude Delage, le secrétaire général du syndicat Alliance.

"Il faut se replacer dans la position du juge"

"Les juges ne peuvent pas prédire ni prévoir". La secrétaire générale du Syndicat de la magistrature, Laurence Blisson, a défendu samedi sur Europe 1 cette décision de justice de ne pas incarcérer Karim C début avril. "Ce serait une erreur que de ré-interpréter le choix qui a été fait par le juge d'application des peines à l'aune de ce qui s'est passé ensuite. En matière judiciaire, les juges ne peuvent pas prédire ni prévoir l'avenir", a expliqué Laurence Blisson.

Un manquement "tenu". "Il faut se replacer dans la position du juge d'application des peines au moment où il a fait face à ce manquement et, à ce moment-là, sa réaction était la plus logique et normale", martèle Laurence Blisson. Selon elle, l'"entretien de recadrage" de Karim C. était proportionné face à un manquement qu'elle juge "tenu" et à une "obligation qui n'est pas centrale du sursis mise à l'épreuve". "Il n'y a pas aujourdh'ui à faire une chasse aux sorcières et à vouloir engager une responsabilité qui n'a pas lieu d'être", en conclut la magistrate.