Arrêtés anti-prostitution à Toulouse : quelle efficacité ?

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Arrêtés anti-prostitution à Toulouse : quelle efficacité ?
@ Maxppp
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CONFLIT - La mairie de Toulouse va appliquer des arrêtés anti-prostitution, suite aux plaintes répétées des habitants. 

Jean-Claude Moudenc, maire UMP de Toulouse depuis avril, l'avait promis lors de sa campagne. Des arrêtés prostitution vont êtres appliqués pour une période de douze mois, à deux quartiers de Toulouse, Minimes et Matabiau. Ils prévoient de fréquentes patrouilles de police, des contrôles d'identité, des contraventions et des garde-à-vues en cas d'amendes répétées. 

Une reprise en main municipale qui s'effectue en parallèle de travaux législatifs. Mardi, Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes, de la ville, de la jeunesse et des sports, a été auditionnée par la commission spéciale du Sénat chargée de la lutte contre le système prostitutionnel. Le projet de loi incluant la pénalisation du client d'une prostituée, déjà votée par l'Assemblée nationale, doit passer le cap du Sénat. Toulouse n'attend pas et emboîte le pas à Lyon et Albi qui appliquent déjà une politique d'arrêté. Avec quels effets ?

Habitants excédés. La mairie de Toulouse justifie son action en avançant le grand nombre de plaintes provenant des habitants. Olivier Arsac, adjoint à la sécurité du maire de Toulouse, explique la situation à Europe1.fr : "La zone Ponts Jumeaux supporte la prostitution de 22h à 4h du matin. La zone du canal et de la gare pour sa part, c'est jour et nuit. Les parents qui reviennent de l'école avec leurs enfants croisent 4-5 prostituées, parfois en train de faire leurs affaires avec le client. Il y a parfois des insultes, sans parler des débris, kleenex, préservatifs, canettes de bières. Est-ce normal que les gens supportent cela ?" 

À Lyon, l'effet "splash". La mairie de Lyon applique depuis 2001 de tels arrêtés. Mais si le quartier concerné "se vide" en effet de ses prostituées, ces dernières vont s'installer ailleurs. C'est l'effet "splash" dans le vocabulaire policier, que l'ancien préfet Jacques Gérault reconnaissait lors d'une réunion publique en 2010

Comme le premier arrêté concernait le centre-ville, les travailleuses du sexe se sont repliées sur le quartier de Perrache. Passée du racolage à pied au travail en camionnette afin d'échapper à la loi de 2003 punissant le racolage passif, elles ont dû faire face en 2007 à un arrêté anti-camionnette. Elles se sont alors déplacées dans le quartier de Gerland mais aujourd'hui, elles y supportent des patrouilles de police et des mises en fourrière répétées. Certaines, pour y échapper, se sont éloignées de Lyon.

La mairie de Toulouse ne craint pas l'effet "splash". Elle le souhaite même. "Le problème n'est pas la prostitution en soi mais sa concentration dans certaines zones. J'ai l'espoir que les prostituées s'éparpillent." Et si elles se déplacent groupées ? "L'arrêté est modulable, nous étendrons les zones concernées." 

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Effets désastreux pour les travailleuses du sexe. L'association de santé Cabiria, basée à Lyon, a pu constater depuis 2001 les effets des arrêtés sur le travail des prostituées. "Quand il y a de la répression, elles s'éloignent de la ville" explique à Europe1.fr, Antoine Baudry, animateur de prévention pour Cabiria. "Au bord des nationales, elles sont isolées, ne peuvent plus s'entraider. Il y a donc eu une augmentation des tentatives de meurtres et d'agressions. Le travail de prévention santé que nous effectuons est aussi plus compliqué." Et celles qui persistent à rester dans Lyon accumulent les amendes impayées, pour des montants pouvant aller jusqu'à 15.000 euros. 

"Le stygmate de la putain". La fédération toulousaine du STRASS, syndicat du travail sexuel, avance  une autre solution aux problèmes de cohabitation entre prostituées et habitants : "Vous croyez que les travailleuses du sexe font ça dans la rue parce que ça les amuse ?" interpelle Marie Prin, la responsable fédérale. "Notre syndicat demande l'application du droit commun à notre travail. Nous voulons pouvoir travailler en appartement. Ce qui n'est pas possible aujourd'hui, puisque le propriétaire de l'appartement ou notre conjoint peuvent se faire accuser de proxénétisme." Mais le problème tient surtout aux mentalités selon Marie Prin :"La travailleuse du sexe est marquée par un stigmate, elle est mal considérée. C'est le tabou qui entoure notre boulot qui explique cette politique répressive."

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