Argentine : la justice s'éloigne de Cristina Kirchner

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Argentine : la justice s'éloigne de Cristina Kirchner
@ Reuters
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Un juge a rejeté les accusations portées par le procureur Alberto Nisman dans une lettre retrouvée après sa mort. La présidente argentine ne sera pas poursuivie.

Le spectre de poursuites judiciaires contre Cristina Kirchner s'éloigne : la justice argentine a estimé jeudi sans fondement l'accusation du défunt procureur Alberto Nisman, selon qui le pouvoir a couvert des dirigeants iraniens soupçonnés d'avoir commandité un attentat contre la communauté juive à Buenos Aires en 1994. Dans un document de 63 pages, le juge Daniel Rafecas a battu jeudi en brèche les accusations lancées contre la présidente argentine.

Pas de délit, selon le juge. Le magistrat Alberto Nisman accusait la présidente Cristina Kirchner et son ministre des Affaires étrangères Hector Timerman de protéger les Iraniens accusés de cet attentat. Cette mise en cause de la présidente avait fait sensation, tout comme la mort mystérieuse du procureur Nisman, le 18 janvier. "Faute de commission d'un délit", le juge Rafecas, très respecté dans le pays, n'engagera pas de poursuite contre la présidente et son ministre des Affaires étrangères.

L'Iran au centre des attentats pour Nisman. Divers juristes avaient déjà estimé que les faits énoncés ne pouvaient pas déclencher des poursuites judiciaires, quand le dossier d'accusation du procureur Nisman avait été rendu public après sa mort. En 2007, le procureur décédé avait accusé Téhéran d'avoir ordonné l'attentat et soutenait que le mouvement chiite libanais Hezbollah s'était chargé de la logistique et de l'exécution de l'opération. Le 18 juillet 1994 à Buenos Aires, une puissante explosion a dévasté un bâtiment abritant les institutions juives d'Argentine, dont une mutuelle, tuant 85 personnes et faisant plus de 300 blessés. Un attentat jamais élucidé. 

Le procureur suivant débouté. Le 13 février, Cristina Kirchner et son chef de la diplomatie Hector Timerman avaient été formellement mise en cause pour "les délits d'entrave à la justice et manquement au devoir d'un fonctionnaire" par le procureur Gerardo Pollicita, qui avait repris l'accusation de Nisman, et demandé leur inculpation. A la suite de l'analyse du dossier, le juge assure "qu'aucune des deux hypothèses de délit formulées par le procureur Pollicita ne tient, et qu'il n'y a pas de délit avéré". La députée d'opposition Patricia Bullrich s'attend à ce que le procureur Pollicita "porte le dossier devant la Cour d'appel".

Le 18 février, des centaines de milliers de personnes ont manifesté à Buenos Aires en hommage au procureur, un mois après sa mort. Pour l'opposition, le pouvoir de la chef de l'Etat porte une responsabilité dans la disparition d'Alberto Nisman, alors que le gouvernement y voit l'ombre d'agents incontrôlés des services secrets. Fragilisée par l'affaire, Cristina Kirchner a changé jeudi de chef du gouvernement.

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