Affaire Bettencourt : semaine cruciale

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Europe1.fr (avec AFP)
La milliardaire et le ministre du Travail Eric Woerth sont entendus cette semaine.

La semaine s'annonce cruciale. L'affaire Bettencourt entre lundi dans une semaine-clef avec l'audition par la police de la milliardaire et du ministre du Travail, Eric Woerth, qui espère que cette déposition lui permettra de tourner la page après plus d'un mois au coeur de la tempête.

Y-a-t-il conflit d'intérêt ?

Présenté comme un potentiel Premier ministrable il y a encore quelques semaines, le ministre du Travail s'est trouvé sous le feu du soupçon après la révélation à la mi-juin d'enregistrements clandestins réalisés au domicile de Liliane Bettencourt. Ces écoutes suggèrent un possible conflit d'intérêts pour Eric Woerth, à la fois ministre du Budget (mai 2007-mars 2010) et trésorier de l'UMP, alors que l'entourage de Liliane Bettencourt finançait ce parti au nom de la milliardaire, employait sa femme, et pourrait s'être livré à des opérations de fraude fiscale.

Occupé la semaine passée à défendre le projet de réforme des retraites devant les députés tout en répétant qu'il n'était pas question pour lui de démissionner, le ministre se disait impatient de s'expliquer. Prévue en début de semaine, son audition pourrait intervenir mardi selon une source proche de l'enquête.

Y-a-t-il financement illégal ?

Au total, cinq enquêtes sont ouvertes sur différents aspects de ce qui est devenu le feuilleton de l'été. Mais, selon le parquet de Nanterre, c'est dans le cadre d'une seule enquête, portant sur les éléments révélés par les enregistrements clandestins (conflit d'intérêts, fraude fiscale), que le ministre sera entendu, tout comme l'a été sa femme le 21 juillet et l'ancien employeur de celle-ci, le gestionnaire de fortune Patrice de Maistre, avant elle.

Le financement de l'UMP par les Bettencourt ne devrait donc dans ce cadre être abordé qu'à la marge : si ces écoutes révèlent bien des dons de la milliardaire au parti du président Nicolas Sarkozy, rien n'indique que les montants légaux aient été dépassés.

De Maistre vs Claire Thibout

Les accusations de financement illégal reposent sur les déclarations réitérées de l'ex-comptable de Liliane Bettencourt, Claire Thibout, pour lesquelles un autre enquête est ouverte. Elle affirme que Patrice de Maistre lui avait demandé de retirer 150.000 euros en pleine campagne présidentielle qu'il aurait ensuite remis à Eric Woerth. Des accusations "tout simplement ridicules", a balayé Patrice de Maistre dans un entretien au Journal du dimanche.

Son avocat, Me Pascal Wilhelm a confirmé que le gestionnaire de fortune avait bien rencontré le trésorier de l'UMP mais a nié toute remise d'argent. Liliane Bettencourt, en vacances dans sa résidence de Formentor (Espagne), et qui doit elle aussi recevoir rapidement la visite des policiers, sera de retour lundi dans son hôtel particulier de Neuilly-sur-Seine.

Liliane Bettencourt abusée ?

L'héritière de L'Oréal, qui a vu la menace de la saisine d'un juge des tutelles à la demande de sa fille écartée par le parquet, devrait s'expliquer sur le volet fiscal de l'affaire : les écoutes clandestines révèlent qu'elle possède au moins deux comptes en Suisse dotés de plusieurs dizaines de millions d'euros et l'existence de l'île d'Arros, aux Seychelles, dont les policiers veulent déterminer l'identité du réel propriétaire.

Les policiers de la Brigade financière ont de leur côté saisi de nombreux documents, relatifs notamment aux dispositions testamentaires de Liliane Bettencourt, lors de perquisitions visant son notaire Jean-Michel Normand. Ces perquisitions ont été réalisées à la demande de la juge Isabelle Prévost-Desprez, qui enquête sur un éventuel abus de faiblesse aux dépens de la milliardaire.

Ces saisies renforcent les suspicions d'abus de faiblesse dont serait victime Mme Bettencourt selon sa fille, Françoise Meyers-Bettencourt, estime l'avocat de cette dernière, Me Olivier Metzner.

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