400 responsables musulmans réunis à Paris contre le terrorisme

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400 responsables musulmans réunis à Paris contre le terrorisme
Image d'illustration : une manifestation de musulmans, samedi, à Cenon, près de Bordeaux. @ MEHDI FEDOUACH / AFP
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Les responsables musulmans ont affiché leur unité dimanche, en criant "haut et fort" contre le terrorisme.  

Un dimanche d'unité à marquer d'une pierre blanche : pressés et désireux de "crier haut et fort" contre le jihadisme, près de 400 responsables musulmans de sensibilités très diverses se sont réunis dimanche à Paris, deux semaines après les attentats qui ont fait 130 morts.

Des Tabligh aux Frères musulmans. Faute de pouvoir manifester sur la voie publique en raison de l'état d'urgence, comme cela avait été prévu la semaine dernière devant la grande mosquée de Paris, le Conseil français du culte musulman (CFCM) avait opté pour un rassemblement national dans le grand auditorium de l'Institut du monde arabe (IMA). Le CFCM, souvent critiqué pour sa faiblesse et son manque de représentativité auprès des quelque 2.500 lieux de culte, a réussi à réunir pour l'occasion presque toutes les grandes fédérations et la plupart des grandes mosquées, jusqu'aux prosélytes rigoristes du Tabligh, en passant par les Frères musulmans de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF). Ce "rassemblement citoyen des musulmans de France", sous-titré "tous ensemble contre le terrorisme", s'est ouvert par la lecture de quelques versets du Coran et devait s'achever par une Marseillaise, après un discours du ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve.


ENCADRE

Un Appel intereligieux contre les extrémismes. Trois représentants des trois "religions du Livre", catholicisme, judaïsme et islam, ont lancé dimanche au camp des Milles (Bouches-du-Rhône) un appel "pour la fraternité et contre les extrémismes". "Nous lançons d'une même et forte voix un message aux membres de nos différentes confessions mais aussi, plus largement, à tous les citoyens de notre pays, sans distinction aucune de religion, d'opinion philosophique ou politique : les extrémismes, nationalistes, racistes ou religieux, les exclusions et les violences qu'ils engendrent, n'ont pas leur place dans nos religions et dans nos sociétés", ont déclaré dans l'ancien camp d'internement et de déportation des Milles, l'archevêque de Lyon, le cardinal Barbarin et l'islamologue Ghaleb Bencheikh. Le Grand rabbin de France Haïm Korsia est également signataire de l'appel.

Un "rassemblement historique". Le CFCM, dix fédérations et cinq grandes mosquées devaient proclamer en fin d'après-midi un "manifeste citoyen des musulmans de France" en dix points, soulignant notamment leur "attachement profond au pacte républicain et aux valeurs universelles qui fondent notre République". Le président du CFCM, Anouar Kbibech, a évoqué à la tribune un "rassemblement historique" dans un islam de France qui échoue souvent à parler d'une seule voix, deux semaines après des "actes barbares qui ne peuvent se réclamer d'aucune religion, d'aucune cause, d'aucune valeur humaine". "En nous réunissant tous, nous voulons crier haut et fort notre condamnation de ces actes", a ajouté ce responsable du Rassemblement des musulmans de France (RMF), de sensibilité marocaine. "Aujourd'hui, nous sommes tous convaincus qu'il faudra mettre en commun tous les moyens pour combattre ensemble le terrorisme", a-t-il poursuivi."Nous sommes à un moment décisif, les musulmans de France sont déterminés à être au rendez-vous."

"Nous savons ce que nous ne voulons pas". "Qu'est-ce qui a mené notre société à s'entredévorer ?", s'est interrogé gravement le recteur de la grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, prônant un "changement de la société". "Ce changement doit venir de nous, plutôt qu'on nous l'impose", a-t-il souligné, faisant valoir que "si nous ne savons pas concrètement quel islam nous voulons, au moins nous savons ce que nous ne voulons pas: le fanatisme". Toutefois, a prévenu le président de la fédération de sensibilité turque CCMTF, Ahmet Ogras, "il n'y aura pas d'unité" du pays "sans dialogue". "Il faut accélérer le dialogue interreligieux et intergénérationnel, donner la place aux jeunes, aux femmes" dans l'islam, a-t-il souligné. "Multiplions les rencontres avec les politiques, avec les médias, qui ont besoin d'entendre notre réalité", a-t-il martelé.