1999-2016 : Calais, de Sangatte aux bidonvilles de la "jungle"

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M.S. , modifié à
La journaliste Haydée Sabéran a retracé l'histoire des migrants à Calais, jeudi, dans la Matinale spéciale d'Europe 1.
INTERVIEW

Depuis plus de quinze ans, la ville de Calais est synonyme de tension migratoire. Les réfugiés qui fuient leur pays pour passer en Angleterre sont aujourd’hui de plus en plus nombreux dans cette ville du nord de la France, posant un défi humanitaire et politique aux pouvoirs publics. De l’ouverture du centre de Sangatte en 1999 à l’interdiction de manifester ce week-end à Calais, la journaliste Haydée Sabéran a retracé l’histoire de la ville, jeudi dans la matinale spéciale d’Europe 1 en direct de Calais. Correspondante du quotidien Libération dans le Nord, elle est l’auteure du livre Ceux qui passent, publié aux éditions Carnets du Nord.

De la guerre du Kosovo au conflit syrien. Les premiers réfugiés arrivent dans la sous-préfecture du Pas-de-Calais entre 1998 et 1999. Ils fuient alors la guerre du Kosovo. Ils sont environ 200, "très peu par rapport à aujourd’hui", souligne Haydée Sabéran. L’émoi d’une partie des Calaisiens et de l’abbé Pierre fait mouche : un hangar désaffecté d’Eurotunnel leur est ouvert en 1999. Il prendra le nom de Sangatte. Trois ans plus tard, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, décide de fermer ce centre. Grâce à un accord entre la France et le Royaume-Uni, deux tiers des exilés qui s’y trouvaient sont autorisés à s'installer en Angleterre, tandis que le dernier tiers demande l’asile en France.

Mais les migrants, notamment kurdes et afghans, continuent à arriver. Chassés des blockhaus où ils s’étaient installés, ils s’installent dans des forêts alentour. C’est alors qu’on commence à partir de "jungle" : inspiré par le mot jangal - "forêt" en persan et en pachtoun - le mot n’a au départ aucune connotation négative. Cette première "jungle" sera démantelée en 2009 par Eric Besson, ancien ministre de l’Identité nationale. Aujourd’hui, plusieurs nouvelles "jungles" ont vu le jour. Les migrants présents en ce moment à Calais viennent pour beaucoup de Syrie, d’Eryhtrée, du Soudan, d’Irak et d’Afghanistan.

La Suède et l'Allemagne préférées à la Grande-Bretagne. L’ensemble des migrants "ne veulent pas tous aller en Grande-Bretagne", précise Haydée Sabéran. "Ceux qui sont à Calais, bien sûr, sont là pour ça. Quand les gens arrivent sur les côtes de l’Europe et débarquent de leur bateau, ils choisissent diverses destinations. Ils peuvent partir vers l’Allemagne, vers la Suède. Ce sont des grands pays d’accueil actuels."