"61 secondes" : ces anomalies temporelles qui ont émaillé l'histoire

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"61 secondes" : ces anomalies temporelles qui ont émaillé l'histoire
@ PATRIK STOLLARZ / AFP
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Alors que la journée du 30 juin comptera une seconde supplémentaire, Europe1.fr revient sur les anomalies temporelles qui ont émaillé l'histoire de notre rapport au temps.

Cette journée du mardi 30 juin sera un peu plus longue que les autres. D'une seconde précisément, puisque la dernière minute du mois de juin durera non pas 60 mais 61 secondes. Le but de la manœuvre ? Réajuster le temps universel sur le temps de rotation de la Terre, légèrement différent à cause des marées ou encore de la force des vents.

C'est pourquoi, pour que les deux temps continuent à se correspondre, ce 30 juin sera rallongé d'une seconde. Mais ce n'est pas la première fois qu'une telle manœuvre est opérée, ni qu'un débat scientifique, voire parfois politique, vient modifier notre rapport au temps. 

 

  • Des émeutes en Angleterre à cause du calendrier

Chaque année, le changement d'heure perturbe nos habitudes et brouille l'espace de quelques jours notre rapport au temps. Imaginez la pagaille qu'a pu provoquer un changement bien plus radical : celui du passage du calendrier julien au calendrier grégorien. Une réforme décidée par le Pape Grégoire XIII en 1582, non pas pour le plaisir de compliquer la vie aux fidèles mais pour "rattraper" les dérives du calendrier julien.

En effet, le calendrier julien comportait trop d'années bissextiles (de 366 jours), ce qui décalait les années, qui doivent correspondre à une rotation de la Terre par rapport au Soleil, par rapport à leur durée "normale". Le calendrier grégorien, du nom de son instigateur, est celui que nous connaissons aujourd'hui, avec une année bissextile tous les quatre ans. Sauf qu'en 1582, après des siècles de calendrier julien, le temps était largement décalé.

Résultat, lors de la transition d'un calendrier à l'autre en France, le Royaume est passé directement du 9 décembre 1582 au 20 décembre. Une adaptation qui s'est faite progressivement dans toute l'Europe, puisqu'à la base, les Etats protestants refusaient de suivre une recommandation papale. L'Angleterre attendra le XVIIIe siècle pour s'y plier, préférant "être en désaccord avec le Soleil plutôt qu'en accord avec le Pape" selon la phrase de l'astronome Kepler. Lors de cette transition en Angleterre, des émeutes éclatèrent, une partie de la population craignant de payer un loyer complet pour un mois qui durait dans les faits seulement 21 jours.

 

  • Des moines orthodoxes qui vivent "hors du temps"

Chez les orthodoxes, qui ne dépendent pas de l'autorité papale de Rome, le passage au calendrier grégorien a été encore plus tardif. Il faudra attendre la chute du Tsar en Russie pour que le pays passe à ce nouveau mode de comptabilité du temps. Mieux, le calendrier julien est encore utilisé sur un territoire un peu particulier, celui de la République monastique du mont Athos, une région du Nord de la Grèce. 2250 habitants qui vivent donc au rythme d'un calendrier abandonné par le reste de l'Europe depuis 5 siècles maintenant !

 

  • L'invention de l'heure d'été pour rallonger la chasse aux insectes

Autre curiosité historique, l'origine du changement d'heure. Si Benjamin Franklin, qui déplorait en 1784 le soleil "perdu" en fin de journée, a été le premier à avoir l'idée du changement d'heure, il faudra attendre un siècle supplémentaire pour que le projet soit officiellement porté devant une institution. Par un scientifique néo-zélandais, un entomologiste (spécialiste des insectes) précisément, nommé Georges Vernon Hudson, qui propose en 1895 à la société scientifique de son pays d'avancer de deux heures l'heure d'été. Mais l'idée a été rejetée par ses confrères. Quoi qu'il en soit, la légende raconte que le scientifique espérait surtout pouvoir partir un peu plus longtemps le soir à la chasse aux insectes.

 

  • L'application du changement d'heure, une participation à l'effort de guerre

Il sera finalement exaucé, puisque le changement d'heure est finalement adopté en 1916, en pleine Première Guerre mondiale. Et pour cause, alors que les industries de guerre des belligérants tournent à plein pour soutenir l'effort, la Triple Alliance et la Triple Entente cherchent à économiser un maximum de ressources. C'est l'Allemagne qui, la première, a l'idée d'appliquer l'heure d'été pour économiser un peu de charbon. La Triple Entente lui emboîte alors le pas.