Le réchauffement climatique favorise-t-il les ouragans ?

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Le réchauffement climatique favorise-t-il les ouragans ?
Les scientifiques prévoient que l'intensité des ouragans se renforce, mais pas leur fréquence.@ HO / NOAA/RAMMB / AFP
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Si la hausse des températures rend les cyclones de plus en plus dévastateurs, le lien direct avec le réchauffement climatique reste encore à prouver scientifiquement.

C'est l'un des ouragans les plus puissants de l'histoire. De la taille de la France, Irma a commencé à frapper les Antilles, mercredi. Classé catégorie 5, la plus élevée, le phénomène est encore plus puissant que Harvey, qui a déferlé il y a à peine dix jours sur le Texas et la Louisiane, faisant au moins 42 morts et plus de 100 milliards de dégâts matériels. Un hasard ? Pas forcément. Car si leur fréquence devrait rester stable à l'avenir, les scientifiques prévoient que l'intensité de ces événements se renforce à l'échelle du globe. L’homme et le réchauffement climatique y sont peut-être pour quelque chose, bien qu'il soit encore trop tôt pour l'affirmer avec certitude.

Des ouragans aussi nombreux qu'avant… Pour se former, les ouragans (ou cyclones ou typhons, selon leur localisation) nécessitent la combinaison de plusieurs facteurs : une eau supérieure à 26°C sur 60 mètres de profondeur, une quantité suffisante d'humidité dans l’atmosphère et une perturbation produisant des vents tourbillonnants. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle de tels phénomènes ne s'observent que dans les eaux tropicales et subtropicales.

Ce qui est sûr, c'est qu'avec un climat réchauffé, les cyclones ne sont pas plus nombreux. D'après une étude publiée en 2005 dans la revue Science par des chercheurs américains, le nombre et la durée des cyclones dans le monde sont globalement stables depuis 35 ans. Leur fréquence aurait même tendance à baisser, contrairement à leur intensité, qui pourrait être amplifiée par le réchauffement climatique.

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© IRIS ROYER DE VERICOURT, ALAIN BOMMENEL, JEAN-MICHEL CORNU / AFP



…Mais plus puissants. La température dans les zones tropicales des cinq bassins océaniques, où se forment les cyclones, a en effet augmenté de 0,5°C entre 1970 et 2004. Conséquence : il y a également davantage d'évaporation dans l'air. "Plus la température de l’eau et le taux d’humidité sont élevés, plus le cyclone peut prendre de l’intensité. Or, ces deux éléments sont plus intenses du fait de l’augmentation de l’effet de serre. On considère qu’il y a 7% d’humidité en plus dans l’atmosphère par degré de réchauffement", explique notamment la climatologue Valérie Masson-Delmotte, membre du GIEC, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, dans des propos relayés par Sciences et Avenir.

Entendu sur Europe 1
Il n'y a pas beaucoup de cyclones, mais ils sont d'une puissance extrême

Dans le cinquième rapport du GIEC, daté de 2013, les experts estiment ainsi qu'à l'avenir, les plus gros cyclones seront probablement plus puissants, avec des vents maximum plus élevés. Les précipitations liées aux systèmes cycloniques devraient être également plus intenses dans le futur. Un phénomène loin d'être nouveau : le nombre moyen annuel d'ouragans violents (catégorie 4 et 5) a ainsi augmenté de 75% entre 1970 et 2004. "Cela semble se vérifier depuis trois-quatre ans", souligne Laurent Cabrol, le journaliste météo d'Europe 1. "La saison des cyclones a commencé le 1er juin, elle va se terminer le 30 novembre. Il n'y en a pas beaucoup, mais ils sont d'une puissance extrême", observe-t-il dans Europe Midi. Mais la hausse de température des océans n'est pas le seul critère dans leur formation. Il faut également  que l'atmosphère ne soit pas "cisaillée" par des vents contraires.

D'autres phénomènes rentrent en compte. Le réchauffement climatique est également responsable de la hausse du niveau des eaux. En moyenne, celui-ci a grimpé de 20 centimètres au 20ème siècle et pourrait même atteindre jusqu'à près d'un mètre à l'horizon 2100. Et un niveau de la mer plus haut peut contribuer à engendrer des dégâts plus importants pour les populations côtières face aux tempêtes qui peuvent accompagner de puissants cyclones. D'autant plus que  les cyclones produisent une houle qui génère des "marées de tempête", ce qui n'arrange rien au phénomène.

Il est néanmoins particulièrement difficile de dire que la hausse des précipitations résulte du réchauffement climatique, bien qu'avec un climat plus chaud, les précipitations risquent d'être plus importantes. Mais cela reste compliqué à prouver scientifiquement, notamment en raison de phénomènes variables tels qu'El Nino ou la Nina, des phénomènes climatiques qui réchauffent ou refroidissent la température des océans.

Les ouragans se déplacent. Outre leur intensité, le changement climatique modifie également la trajectoire des cyclones. Selon des études citées par Météo-France, "la latitude à laquelle les cyclones ont atteint leur intensité maximale a migré vers les pôles au cours des 35 dernières années dans les deux hémisphères". Cela pourrait être lié à l'expansion de la ceinture tropicale, autrement dit aux zones de part et d'autre de l'Équateur où règne un climat chaud et humide.

La communauté scientifique manque de recul. Autant de liens à relativiser, selon certains experts, tels que Thomas Knutson, chercheur au laboratoire de dynamique des fluides géophysiques de Princeton. Faute de données suffisantes avant les années 1970, aujourd'hui fournies par des satellites, la hausse de la fréquence des cyclones de force 4 ou 5 observée ces dernières décennies pourrait notamment résulter d'une variabilité naturelle du climat.

Mais le scientifique d'estimer néanmoins que le réchauffement climatique dû aux gaz à effet de serre débouchera sur l'augmentation de la fréquence des ouragans les plus forts. Selon des modèles dynamiques élaborés par Knutson et neuf autres collègues, l’intensité globale des tempêtes devrait ainsi s’accroître de 2 à 11% d’ici 2100. Le prochain rapport du GIEC, publié en 2022, permettra sans doute d'y voir un peu plus clair.