Trois nouveaux médicaments en cause

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Trois nouveaux médicaments en cause
Le buflomédil doit être retiré du marché en raison d'effets indésirables, estime la revue Prescrire.@ MAXPPP
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Après le Mediator, trois autres médicaments sont critiqués par une revue spécialisée.

"Il faut le retirer du marché". La revue Prescriren’y va pas par quatre chemins au sujet du buflomedil, un médicament vasodilatateur, commercialisé notamment sous les noms de marque de Fonzylane (fabriqué par Cephalon) et Buflomédil EG. En cause, des effets indésirables cardiaques et neurologiques parfois mortels, "en particulier en cas de doses élevées ou inadaptées à l’insuffisance rénale".

La revue médicale indépendante, qui décortique régulièrement les bienfaits et les méfaits des médicaments, a joué un rôle d'alerte sur les dangers du Mediator, des laboratoires Servier, finalement retiré du marché en novembre 2009. Elle revient à la charge, dans son numéro de janvier, en pointant à nouveau ce médicament "commercialisé depuis plus de 20 ans en France" et "sans intérêt thérapeutique démontré."

Les trois médicaments incriminés

La revue suivie par 29.000 abonnés revient aussi notamment sur un anti-inflammatoire "pas plus efficace que de nombreux autres", le nimésulide (Nexen, fabriqué par Therabel Lucien Pharma, et autres noms de marque) "encore commercialisé malgré des hépatites graves". Ce médicament a été retiré du marché dans de nombreux pays.

Egalement dans le collimateur, la vinflunine (Javlor, fabriqué par les laboratoires Pierre Fabre) un anticancéreux utilisé dans le traitement de certains cancers avancés de la vessie qui présente "une balance bénéfices-risques défavorable", c’est-à dire de fréquents troubles sanguins, parfois mortels, troubles intestinaux, neurologiques, ou cardiaques. Prescire dénonce le "prix très élevé" accepté par les pouvoirs publics pour ce médicament "à éviter". Au total, huit médicaments ont déjà été dénoncé pour le risque qu'ils représentent.

Au moins 10.000 morts par an

"Un compte rendu de la Commission nationale de pharmacovigilance de l’Agence française du médicament (Afssaps) a révélé que plusieurs dizaines de cas d’effets indésirables graves avec ce médicament, dont plusieurs mortels, ont été notifiés entre 2007 et 2009", estime la revue.

“Les études qui ont été menées dans les années 90 et 2000 conduisent à estimer qu’il y a probablement entre 10.000 et 20.000 morts chaque année, du fait des effets indésirables des médicaments“, a affirmé au micro d'Europe 1 Bruno Toussaint, rédacteur en chef de la revue Prescrire, avant d’ajouter : “C’est peut-être plus, puisqu’il y a peu d’études, peu de données, comme en général les effets indésirables des médicaments sont peu étudiés“.

“Il faut exiger bien plus de transparence“

“Beaucoup d’études sont faites sur l’efficacité mais les effets indésirables sont laissés dans l’ombre, ce qui est logique puisque la plupart des études sont menées par les firmes pharmaceutiques, qui ont bien sûr intérêt à mettre en avant l’efficacité, le service rendu, et à minimiser les effets indésirables“, a détaillé Bruno Toussaint.

“En France comme ailleurs, il faut exiger bien plus de transparence dans les décisions, dans les expertises, dans les conflits d’intérêt et il faut exiger des preuves de progrès thérapeutique pour autoriser l’arrivée sur le marché et à l’inverse il faut être beaucoup plus sensible aux premières alertes d’effets indésirables pour décider des retraits ou des suspensions“, a-t-il ajouté.

Xavier Bertrand et l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) ont annoncé mardi que des enquêtes étaient en cours sur les trois médicaments mis en cause.