"Tampon, notre ennemi intime" : le documentaire de France 5 qui fait froid dans le dos

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"Tampon, notre ennemi intime" : le documentaire de France 5 qui fait froid dans le dos
@ LOIC VENANCE / AFP
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Dans un documentaire inédit diffusé mardi soir que nous avons pu regarder, France 5 révèle des études alarmantes sur la composition des tampons hygiéniques.

La réalisatrice, Audrey Gloaguen, voulait "pallier un manque cruel d’informations et évaluer le taux de dangerosité afin d’inciter les autorités à prendre des mesures". France 5 diffuse mardi à 20h50 un documentaire inédit sur les tampons hygiéniques. Aujourd’hui, aucune loi ni réglementation n’oblige les fabricants de tampons à communiquer les composants de leurs produits. Aucune étude scientifique d'ampleur évaluant directement le risque de ces composants sur la santé des consommatrices n’a jamais été réalisée non plus. Les journalistes auteurs de ce document ont donc sondé des lanceurs d’alerte et des scientifiques pour en savoir un peu plus. Et le résultat de leur enquête, qu’Europe 1 a pu regarder, fait froid dans le dos.

Des dioxines et des perturbateurs endocriniens

L’équipe de journalistes s’est d’abord procurée une étude commandée en août 2016 par le secrétariat d’Etat à la Consommation. Cette étude a testé six références de tampons (les marques ne sont pas connues) prisées des consommatrices. Résultats : de la dioxine, l’un des dix produits chimiques les plus dangereux au monde, selon l’OMS, a été décelée. Au total, vingt ou trente composants chimiques différents ont été trouvés dans chaque produit. L’étude indique que les seuils sont à chaque fois très faibles. Et les résultats ont été transmis à l’Agence de sécurité sanitaire (Anses), qui devra se prononcer avant l’été sur leur dangerosité.

S’il n y a rien écrit sur l’emballage, c’est bien qu’il y a une raison

Mais pour certains scientifiques interrogés par la chaîne, le risque ne fait déjà aucun doute. "Ils disent que les risques sont faibles. Mais cela est faible si l’on n’utilise qu’un seul tampon. Une femme utilise en moyenne 11.000 tampons dans une vie. La plupart des dioxines s’accumulent", analyse ainsi Philip Tierno, chercheur à l’école de médecine de New York. D’autant que le vagin est considéré comme très perméable à certaines molécules, dont les dioxines.

>> Voir la bande annonce du documentaire : 

L’équipe de journalistes a également fait faire de nouveaux tests à Bernard Taillez, chimiste spécialisé en toxicologie au centre Analytika, un laboratoire indépendant du Var. Là encore, six marques ont été testées (le nom n’est pas précisé), les "plus utilisées" des consommatrices indique France 5. En plus des composants toxiques précités, le professeur Bernard Taillez a notamment noté la présence de DEHP, un phtalate interdit en Europe, soupçonné d’être un perturbateur endocrinien, potentiellement cancérigène. "S’il n'y a rien écrit sur l’emballage, c’est bien qu’il y a une raison. Et c’est inquiétant"¸ commente Bernard Taillez.

Des risques multiples mais non encore prouvées

Dioxines, perturbateurs endocriniens, produits chimiques… Quels sont les risques de la présence de ces produits dans les tampons ? Le documentaire donne des éléments de réponses peu rassurants. Ainsi, les équipes du toxicologue belge de l’université catholique de Louvain, Dominique Liso, viennent de constater une forte présence de dioxines chez 70 patientes atteintes d’endométriose. Des chercheurs d’Harvard, à Boston, cherchent par ailleurs en ce moment à savoir si la présence de perturbateurs endocriniens dans l’organisme au moment des règles serait à l’origine de fausses couches chez certaines femmes enceintes.

Plus le tampon est absorbant et plus le sang stagne dans le vagin

Enfin, plusieurs autres scientifiques pointent un ultime risque, et non des moindres : celui de contracter le syndrome du choc toxique (SCT), une infection potentiellement mortelle qui peut être provoquée par un staphylocoque doré. Selon le professeur Gérard Lina, microbiologiste spécialiste de ce syndrome au CHU de Lyon, "20 à 30 % de femmes sont porteuses du staphylocoque doré. Si le fluide menstruel est bloqué dans le vagin par un tampon, la bactérie va l’utiliser comme milieu de culture et se développer. Elle va libérer une toxine extrêmement dangereuse et déclencher une infection généralisée dont on peut mourir si elle n’est pas prise en charge correctement".

"Dans les cas de SCT, le staphylocoque doré prolifère grâce aux fibres synthétiques dont il se nourrit. Plus le tampon est absorbant et plus le sang stagne dans le vagin, ce qui augmente le risque de développement de la bactérie", commente la réalisatrice du documentaire.

Des doutes sur la présence de chlore dans certains tampons

Interrogé par la chaîne, le syndicat des fabricants de protections féminines n’a pas souhaité s’exprimer. "Nous vous remercions pour votre proposition d’interview mais ce format de communication ne nous apparaît pas nécessaire. Les consommatrices peuvent s’informer sur la composition des protections féminines et sur la fonctionnalité des différents composants sur le site internet", a-t-il répondu, à en croire un communiqué relayé par France 5.

Sur le site de ce syndicat, on trouve en effet mention de certains composants bien connus des tampons (coton, polyester, viscose, polyéthylène, polypropylène…). Mais le syndicat Grouphygiène n’indique pas les doses ni les composants plus précis. Il affirme d’ailleurs qu’il s’agit là d’une "fiche technique générale" et que  le "consommateur peut accéder à l’information adaptée à un produit commercialisé en se rapprochant du fabricant ou du distributeur".

Or, France 5 assure avoir tenté de contacter l’un des principaux fabricants, basé aux Etats-Unis, pour en savoir plus. Ce dernier aurait refusé à la chaîne de lui ouvrir les portes de l’une de ses usines, en Floride. Et pour cause : selon deux anciennes salariées du groupe interrogées par les journalistes, l’usine utilise notamment du dioxyde de chlore pour blanchir les fibres de pins utilisées pour fabriquer les tampons. Sans ce procédé, les tampons risqueraient d’avoir une couleur marron, peu vendeuse. Le hic : le dioxyde de chlore est précisément soupçonné de produire des dioxines. Ces dernières ont d’ailleurs été trouvées dans la rivière près de l’usine, en des quantités 200 fois plus élevées que la normale, d’après l’agence américaine de l’environnement.

Privilégier les serviettes et les tampons les moins absorbants

Au nom du secret industriel, les autorités européennes refusent pour l’heure d’obliger les fabricants à communiquer la composition précise des tampons (contrairement aux produits cosmétiques) et les risques potentiels (contrairement aux médicaments). Pourtant, tous les tampons ne se valent pas. Ainsi, plus un tampon est composé de matière synthétique, plus il est susceptible de contenir des produits toxiques. En 1998, l’Union européenne a tout de même consenti à mettre en place une règle contraignante : les fabricants sont désormais obligés d’indiquer le degré d’absorption de leurs produits.

Cela a son importance : car plus un tampon est absorbant, plus il est susceptible de contenir de la matière synthétique. Il est donc conseillé de privilégier les tampons les moins absorbants, composés majoritairement de cotons (en théorie). De manière générale, toutefois, les chercheurs spécialistes de la question incitent pour l’heure à privilégier les serviettes hygiéniques : même si elles peuvent contenir des produits chimiques, ces derniers ne sont pas directement en contact avec l’intérieur du vagin, ultra-perméable.