Quatre régions testent la vente de médicaments à l'unité

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Quatre régions testent la vente de médicaments à l'unité
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EXPÉRIMENTATION - L'Ile-de-France, la PACA, la Lorraine et le Limousin ont lancé un appel à candidatures aux pharmacies.

Comment éviter que nos armoires se remplissent de médicaments inutiles ? Quatre régions ont lancé un appel aux pharmaciens pour expérimenter la vente à l'unité de certains antibiotiques. L'objectif : faire des économies pour la Sécurité sociale et lutter contre la mauvaise utilisation des médicaments. Les agences régionales de santé (ARS) d'Ile-de-France, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Lorraine et Limousin ont ainsi été désignées par le ministère des Affaires sociales pour recruter des pharmacies volontaires. Les candidats ont jusqu'au 8 septembre pour se manifester, sauf en Paca, où le délai est fixé au 31 août.

1,5 kilo de médicaments chez les Français. L'idée avait été lancée en septembre 2013 par la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine, lors de la présentation du budget de la Sécurité sociale. "Il y a un certain nombre de pays où l'on vous donne exactement le nombre de pilules ou de cachets dont vous avez besoin", avait-elle souligné, assurant que cette pratique permettait d'éviter "qu'on se retrouve avec des armoires à pharmacie pleines de médicaments qu'on ne consomme pas" ou "mal". Selon elle, chaque Français conserve en moyenne 1,5 kilo de médicaments chez lui.

Comment seront vendus les médicaments ? Pour ce premier test, un objectif national de 100 pharmacies a été fixé. Vingt-cinq sont appelées à être "témoins", c'est-à-dire qu'elles continueront à délivrer des boîtes. Et 75 autres, dites "expérimentatrices", vendront seulement le nombre de pilules nécessaires à la durée exacte du traitement. Pour elles, exit les boîtes donc. Les comprimés seront vendus en sachet, avec une fiche indiquant le nom et la date de prévention. Les patients devront donner leur accord en remplissant un formulaire. Et une rémunération spécifique sera versée aux officines participantes: jusqu'à 1.500 euros par an pour les "expérimentatrices" et jusqu'à 300 euros pour les "témoins".

Les pharmaciens divisés. La mesure est plutôt bien accueillie par l'opinion : 83% des Français estiment qu'elle peut réduire le gâchis. Mais les syndicats de pharmaciens se montrent eux plus divisés. "On revient 200 ans en arrière. Si vous mettez, en vrac, dans des sacs plastiques, des comprimés, vous pensez que cela va améliorer l'observance des traitements pour les personnes âgés? Certainement pas. L'armoire à pharmacie va devenir un capharnaüm impossible à gérer", dénonce ainsi au micro d'Europe 1 Gilles Bonnefond, secrétaire général de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO). "Seule la boîte permet de conserver correctement le nom ou la date de péremption", poursuit-il encore.

Quant à la rémunération prévue, elle est "symbolique au regard du travail que cela va représenter: découper des boîtes, retranscrire les notices, les indications sur les boîtes, en plus de la posologie, ce n'est pas notre boulot", déplore également le pharmacien.

"Un enjeu de santé publique". Philippe Besset, vice-président de la fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF, majoritaire), favorable à la mesure, fait quant à lui valoir que la vente à l'unité existe déjà en France pour la morphine ou pour les traitements destinés aux enfants hyperactifs. "C'est un enjeu de santé publique car il s'agit de voir si cette pratique permet de lutter contre la résistance (de certains patients) aux antibiotiques", relève-t-il. Son syndicat est toutefois "défavorable à une extension à tous les médicaments parce que ça va coûter plus cher" et que les erreurs seront plus difficiles à tracer.