Pourquoi le sport sur ordonnance patine

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Pourquoi le sport sur ordonnance patine
@ AFP
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Depuis un an, les médecins traitants peuvent prescrire sur ordonnance la pratique d'un sport à leurs patients atteints d’une affection de longue durée. Mais les débuts sont laborieux.

De la natation ou du vélo pour vos problèmes locomoteurs, de l’escrime ou des arts martiaux après un cancer, du tennis face aux risques cardiovasculaires… Pour de nombreuses pathologies, le sport atténue la souffrance, aide à la rémission voire même favorise la guérison. Et depuis le 1er mars 2017, les médecins peuvent même prescrire des séances de sport sur ordonnance à leurs patients atteints d’une affection longue durée. Environ 10 millions de personnes souffrant de diabète, de la maladie d'Alzheimer, de Parkinson, d'un cancer, de sclérose en plaques ou des suites d'un AVC sont potentiellement concernées. Mais après un an d’existence, le dispositif peine vraiment à décoller. Selon un rapport parlementaire publié fin janvier sur la question, il "présente un certain nombre d’insuffisances et une certaine complexité pour la mise en œuvre sur le terrain". Explications.

Le sport sur ordonnance, ça consiste en quoi ?

De la même manière qu'il prescrit des séances de kiné, le médecin peut prescrire des séances de sport, des "Activités physiques adaptées" (APA), selon les termes du décret publié il y a un an. Le médecin effectue un examen du patient, puis il l’aiguille vers le sport qui correspond le mieux à sa maladie et son métabolisme.

La prescription n’est pas remboursée par la Sécurité sociale, mais elle peut ouvrir le droit à un remboursement par votre complémentaire santé. Certaines mutuelles, comme la Maif associée à la Mutuelle des Sportifs, remboursent en effet les frais associés à des activités sportives pour les malades souffrant d'affection de longue durée (pour un plafond de 500 euros par patient, étalés sur deux ans). Des associations ont également mis en place gratuitement des séances de sport pour les malades, à l’instar de certaines antennes régionales de La Ligue contre le cancer.

Mais l’objectif du décret est avant tout d’inciter les patients à faire du sport, avec l’idée qu’ils se mobiliseront davantage si c’est un médecin qui leur prescrit que si l’idée leur vient spontanément. Aussi, il s’agit d’aiguiller les patients vers le sport qui leur correspond vraiment, et de les mettre en relation avec des professionnels adaptés. "Si vous n'avez pas un éducateur sportif formé pour prendre en charge le patient cela peut être dangereux", soulignait l’an dernier à Europe 1 Thierry Bouillet, oncologue à l'hôpital Avicenne de Bobigny. Et de poursuivre : "Il faut des professionnels formés, qui soient au courant de ce qu'est un cancer afin d'éviter, par exemple,  qu'un malade en présence de métastases osseuses se retrouve à faire le poirier dans un cours de yoga alors que cela pourra avoir des conséquences importantes sur son état".

Pourquoi cela ne décolle-t-il pas ?

Pour le député de la Moselle Belkhir Belhaddad (LREM), qui pilote la mission d’information, le dispositif "fait l’objet d’une large approbation". Mais plusieurs freins l’empêchent de se développer pleinement. Il n’existe pas encore de chiffre national recensant le nombre de patients ayant recours au dispositif. Mais selon la Mutuelle des sportifs, citée par le rapport, l’audience du dispositif reste très faible. Cette mutuelle (associée à la Maïf) rembourse 500 euros à ses assurés pratiquant une Activité sportive adaptée (APA). Et sur les 3,5 millions pouvant y prétendre… seuls 1.500 euros sont pris en charge.

Première cause de ce retard à l’allumage : un "grand nombre de médecins n’est pas suffisamment formé aux enjeux du sport-santé, ni même informés du dispositif", expliquait Belkhir Belhaddad fin février lors de la présentation d’un premier bilan. Les principales avancées de la recherche en matière de l’impact du sport sur les maladies sont toutes récentes, et tous les médecins ne sont pas encore à jour. La Haute Autorité de santé doit formuler des recommandations ciblées, pathologie par pathologie, et des référentiels d’évaluation. Mais ces "fiches pratiques" destinées aux médecins ne seront pas prêtes avant plusieurs mois.

La prescription était plus simple avant l’édiction du décret

Autre blocage à l’essor du dispositif : la difficulté de trouver, et évaluer, des éducateurs sportifs adaptés à chaque maladie. Le décret impose en effet des certifications professionnelles et des formations complémentaires aux éducateurs qui n’ont pas de diplôme d’Etat, alors même que ces derniers travaillent parfois avec des malades depuis longtemps. Résultat : certains éducateurs sportifs se découragent ou n’ont pas toujours le temps de suivre ces formations. "La prescription était plus simple avant l’édiction du décret", regrette Belkhir Belhaddad, en référence aux expérimentations menées dans plusieurs villes avant la publication du décret.

Ultime grief, et pas des moindres, soulevé par le rapport : l’absence de financement par la Sécurité sociale, ne serait-ce que de la première séance, découragerait les patients. "Il est urgent que l’Etat prenne ses responsabilités", conclut le rapport.

Comment améliorer la donne ?

Pour permettre l’essor du dispositif, la mission parlementaire suggère "une prise en charge par la Sécurité sociale des séances d’activité physique adaptée, pendant une période limitée, même à un niveau symbolique". Afin d’inciter les médecins à se saisir du sujet, le rapport évoque également une valorisation de leurs tarifs, une prise en compte de la prescription du sport dans "le calcul de la Rémunération sur objectifs de santé publique (Rosp)". Son rapport, qui vient d’être transmis à la ministre de la Santé Agnès Buzin, propose enfin de "clarifier" les exigences de formations des éducateurs sportifs spécialisés.

Dans la présentation, à l’automne, de son plan stratégique pour la santé des Français, la ministre avait mis le sport au cœur de son engagement. Elle dit ainsi souhaiter un "changement total de paradigme ; faire entrer le sport dans la culture française, comme bénéfice pour la santé, dès le plus jeune âge". Mais elle n’a, pour l’heure, pris aucun engagement concret concernant le sport sur ordonnance.