L'amiante tue 1.700 personnes par an en France

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L'amiante tue 1.700 personnes par an en France
@ CHARLY TRIBALLEAU / AFP
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DANGER - Selon un rapport rendu mardi, les salariés français sont encore trop exposés à l’amiante. 

Les rapports se succèdent et les conclusions se ressemblent. L'exposition professionnelle à l’amiante continue à faire des victimes en France.  Au moins 2.200 nouveaux cas de cancers et 1.700 décès chaque année seraient attribués à ce matériau massivement utilisé avant d'être interdit en 1997.

Les hommes sont les plus touchés. Selon le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) dévoilé mardi, "le poids des cancers pour les sites liés à l'amiante de façon certaine (poumon, mésothéliome, larynx, ovaire) demeure très important puisqu'il est estimé entre environ 2.200 et 5.400 cas par an en France, touchant de façon majoritaire les hommes pour les cancers respiratoires".

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Le cancer du poumon le plus souvent. Cette publication de l'Institut de veille sanitaire (InVS) consacre un numéro entier à l'amiante, matériau isolant très largement utilisé dans l'industrie et le bâtiment entre les années 60 et 80. Le cancer du poumon arrive très largement en tête des cancers professionnels attribuables à l’amiante, avec 1.328 à 3.709 nouveaux cas estimés (dont seulement 56 à 81 chez des femmes).

En utilisant la même méthode, les chercheurs ont estimé que 615 à 822 décès par cancer de la plèvre (ou mésothéliome) en 2012 pouvaient être imputés à une exposition professionnelle à l’amiante et que 678 à 915 nouveaux cas de ces cancers ont été  diagnostiqués la même année. Le mésothéliome est un cancer dont le seul facteur de risque avéré à ce jour est l'exposition (professionnelle ou extra-professionnelle) à l’amiante, contrairement au cancer du poumon, surtout favorisé par le tabagisme.

Des cancers à "retardement" compliqués à déceler. Ces deux cancers apparaissent généralement de très nombreuses années après l'exposition à l’amiante, ce qui complique le travail des chercheurs. Dans l'étude publiée mardi, l'InVS relève une augmentation sensible des nouveaux cas de mésothéliome entre la fin des années 90 et la fin des années 2000, notamment chez les femmes alors que pour 28% d'entre elles, aucune exposition à l’amiante n'a été retrouvée. "Nos résultats suggèrent que le pic d'incidence n'est peut être pas encore atteint, contrairement à ce qui avait pu être avancé précédemment", indique Annabelle Gilg Soit Ilg, épidémiologiste à l'InVS.

Pour la première fois également, les chercheurs ont étudié deux autres cancers, ceux du larynx et de l'ovaire que l'agence pour le cancer de l'Organisation mondiale de la santé CIRC/IARC a décidé d'ajouter en 2009 à la liste des maladies induites par l'exposition à l’amiante. Ils ont estimé que 129 à 731 nouveaux cas de cancers du larynx (quasiment tous observés chez des hommes) et 46 à 55 cancers de l'ovaire découverts en 2012 pouvaient être attribués à une exposition professionnelle à l’amiante.

Des chiffres alarmants pour le futur. Selon des estimations publiées en août par le Haut conseil de la santé publique (HCSP), l’amiante pourrait tuer entre 68.000 et 100.000 personnes d'ici à 2050 en France, dont 50.000 à 75.000 des suites d'un cancer du poumon et 18.000 à 25.000 des suites d'un mésothéliome.