Pilule contraceptive : faut-il vraiment s'inquiéter ?

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Dans "J'arrête la pilule", la journaliste Sabrina Debusquat alerte sur les effets indésirables de la pilule contraceptive, tandis que plusieurs spécialistes se veulent rassurants.

LE DÉBAT

Sabrina Debusquat prenait la pilule depuis dix ans. Un jour, après avoir ressenti des symptômes de pré-embolie pulmonaire, la jeune femme de 29 ans a décidé d'arrêter son contraceptif. "J'ai testé pendant deux ans le DIU ("dispositif intra-utérin" ou "stérilet") cuivre, qui marche très bien sur plein de femmes mais qui malheureusement ne m'a pas du tout convenu", témoigne-t-elle jeudi dans La Vie devant soi.

"Et là, je me suis retrouvée sans grande solution. C'est en témoignant sur mon blog que j'ai vu que je n'étais pas la seule à avoir eu ce parcours-là", se souvient cette journaliste indépendante, spécialiste des questions de santé et de société. Un an d'enquête plus tard, elle alerte, dans son ouvrage J'arrête la pilule, sur les effets secondaires et dangers des pilules contraceptives. Un livre qui cristallise les critiques de nombreux spécialistes.

Entendu sur Europe 1
On a encore aujourd'hui des femmes qui meurent ou qui finissent handicapées à cause de leur contraception
Sabrina Debusquat

"Des femmes meurent à cause de leur contraception". Carences en vitamine, prise de poids, baisse de libido, dépression, voire cancers : l'auteure s'intéresse aux nombreux effets indésirables que subiraient 70% des 3.600 femmes interrogées par Sabrina Debusquat. "Je suis athée, je ne suis pas Manif pour tous, et pas politisée non plus", prévient-elle en préambule. "J'ai fait une enquête d'une année auprès de spécialistes, toxicologues, pharmacologues, médecins, spécialistes du sujet qui nous disent : 'attention, est-ce qu'on est  bien capable d'évaluer les effets des hormones synthétiques sur le long terme ?' Cela pose des problèmes sur le corps des femmes, bénins comme graves parce qu'on a encore aujourd'hui des femmes qui meurent ou qui finissent handicapées à cause de leur contraception", assure-t-elle sur Europe 1.

Nombreuses critiques du monde médical. Martin Winckler, ancien médecin, auteur et blogueur, a lui refusé de préfacer le livre, en justifiant sur Facebook : "Je ne suis pas d’accord avec sa position ('La pilule, c’est le mal') ni avec son attitude, qui tend essentiellement à mettre toutes les contraceptions hormonales dans le même panier et à disqualifier ou inquiéter les femmes qui les utilisent. Et encore moins avec ses raccourcis (qui font fi de la réalité scientifique)". Un avis tranché qui rejoint celui de nombreux autres experts. "Si on ne lit que dans les grandes lignes, le risque c'est qu'on puisse penser que toutes les pilules aient tous ces risques", abonde notamment sur Europe 1 Marie Msika-Razon, médecin au Planning familial et spécialiste de la contraception.

Entendu sur Europe 1
Prendre la pilule améliore l'état de santé de la femme, par le biais de son suivi médical
Marie Msika-Razon

"Ce qui nous inquiète surtout, c'est le risque thromboembolique". Alors que le livre assure que des liens existent entre pilule et cancer du sein et qu'environ 130 femmes par an en France en mourront, ce chiffre est "difficile à quantifier", selon Marie Msika-Razon. "Ce qui nous inquiète surtout dans la pilule, c'est le risque thromboembolique. En plus, la pilule a montré qu'elle protégeait contre certaines autres formes de cancer (comme le cancer de l'ovaire ou du colon, par exemple). Et les femmes qui prennent la pilule vont plus souvent chez le médecin pour renouveler leurs prescriptions. On ainsi s'est rendu compte au fil des années que le fait de prendre la pilule améliorait l'état de santé de la femme, par le biais de son suivi médical tout simplement", souligne-t-elle.

Dans les faits, les patientes semblent néanmoins de plus en plus s'interroger sur la pilule, notamment depuis la crise de 2012-2013 et la révélation des risques cardio-vasculaires accrus liés aux pilules de 3e et 4e génération. Selon une enquête de l'Ined (Institut national d'études démographiques) datant de 2014, la proportion d'utilisatrices de la pilule a baissé dans le sillage de cette crise. Elle est passée de 50% à 41% des femmes de 15 à 49 ans entre 2010 et 2013.

Un arsenal contraceptif très varié. Implant, anneau vaginal, diaphragme, préservatif féminin, spermicides… L'arsenal contraceptif reste néanmoins très varié en France. "Je crois qu'aujourd'hui, le message qui est important, c'est qu'il faut que ce soit la femme qui choisisse sa contraception. Pour chaque femme, à chaque moment de sa vie, il va y avoir une bonne contraception. Pas parce qu'elle est bonne dans l'absolu, mais parce que c'est celle qui lui conviendra le mieux", conclut Marie Msika-Razon.