Notre cerveau, cet ennemi des régimes

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Notre cerveau, cet ennemi des régimes
Une salade présentée au Changemaker Honoree Gala (Etats-Unis, 2016)@ NOAM GALAI / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
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Selon une étude publiée mardi dans la revue eLife, certains neurones limitent l'efficacité des régimes.

Et si c'était notre cerveau qui était à blâmer lorsqu'un régime ne marche pas ? C'est en tout cas ce que suppose une étude publiée mardi dans la revue scientifique eLife. Les auteurs, chercheurs à l'Université de Cambridge, révèlent avoir découvert l'existence de neurones inhibant la dépense calorique lorsque nous mangeons peu. 

Des neurones impactant le "thermostat calorique". Tout a commencé avec des souris. Afin d'étudier le rôle du cerveau dans la variation de poids des rongeurs, une équipe de chercheurs français et britanniques a testé les AgRP, un type de neurones que l'on trouve dans l'hypothalamus, cette région clé du cerveau. L'hypothalamus est notamment responsable de la liaison entre les systèmes nerveux et endocrinien. 

Depuis quelques années, les études portant sur les AgRP se multiplient. On sait désormais que ces neurones sont liés à la sensation d'appétit. Par ailleurs, les AgRP sont connus pour être impliqués dans le fonctionnement du "thermostat calorique", un processus neurologique permettant l'équilibrage entre les calories ingurgitées et brûlées. Tous les organismes humains en comportent dans des quantités généralement similaires. 

Comme le précise le docteur Clémence Blouet, chercheur à Cambridge et directrice de l'étude, "nous savions que le cerveau est censé réguler un thermostat calorique, c'est-à-dire gérer l'élimination des calories. Cependant, nous n'avions jamais vraiment compris jusque-là comment il ajuste cette élimination à la quantité de nourriture avalée."

Au cours de leurs expériences, les scientifiques ont découvert que lorsque nous mangeons peu, les AgRP limitent le nombre de calories que nous brûlons. En clair, moins nous mangeons, plus il est difficile d'éliminer des calories. En effet, "conscients" qu'il y a peu de nourriture disponible dans l'organisme, les AgRP "épargnent" les sources d'énergie et donc les calories subsistantes. Bien qu'une diminution de l'apport calorique impacte évidemment le poids dans une certaine mesure, son effet serait donc très minoré par la présence d'AgRP. Ainsi, ces neurones nous empêcheraient de perdre véritablement du poids sur le long terme. 

Une découverte qui pourrait mener à de nouvelles thérapies. Ces trouvailles suggèrent que certains neurones sont capables d'activer ou au contraire d'inhiber la dépense calorique en fonction des ressources alimentaires disponibles dans l'organisme.

Pour Clémence Blouet, "ce mécanisme est sûrement apparu pour nous permettre de survivre à la famine." Toutefois, le docteur ajoute : "aujourd'hui, de nombreux individus mangeant peu font un régime délibéré afin de perdre du poids." Les scientifiques réfléchissent donc désormais à des moyens permettant de contourner ce mécanisme. 

Le docteur Luke Burke, premier auteur de l'étude, est optimiste. Selon lui, "cette étude pourrait permettre de penser des nouvelles thérapies et d'améliorer celles existant déjà afin de lutter contre le surpoids et l'obésité." D'ici là, il est catégorique : "la meilleure solution s'offrant à ceux voulant perdre du poids reste à ce jour un exercice physique régulier couplé à une réduction modérée de l'apport calorique."