MERS-Coronavirus : la France doit-elle s'inquiéter ?

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MERS-Coronavirus : la France doit-elle s'inquiéter ?
Contrôle médical en Corée du Sud. @ JUNG YEON-JE / AFP
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SANTÉ - L'OMS a invité mercredi tous les pays à "se préparer" à une épidémie de coronavirus. La France est-elle armée pour y faire face ?

Devant l'épidémie de coronavirus qui a touché 162 personnes en Corée du Sud et fait un premier mort en Europe le 6 juin dernier, le spectre du Sras refait surface. Cette maladie pulmonaire mortelle, d'abord localisée en Asie, s'était finalement mondialisée en 2003 pour toucher 8.000 personnes et en tuer 800. Les recommandations de l'OMS, émises mercredi, ne sont pas pour rassurer. Elle demande en effet aux pays de "se préparer" à une épidémie de coronavirus. Cette maladie, originaire de la péninsule arabique , est plus précisément appelée MERS, acronyme anglais pour "syndrome respiratoire du Moyen-Orient". La France doit-elle en avoir peur ? Est-elle prête au cas où des cas se déclarent en France ?

#OUI, ELLE PEUT S'INQUIÉTER

Ni vaccin, ni traitement. Si le MERS-Coronavirus inquiète tant l'OMS, c'est qu'il n'existe aucun vaccin, ni aucun traitement contre cette maladie. Il appartient à la même famille que le Sras qui était aussi un coronavirus. Mais si les symptômes sont les mêmes (infection respiratoire et troubles gastro-entériques), il s'agit bien de deux virus différents. Sans traitement, les médecins ne peuvent que lutter contre les symptômes et non contre la racine du mal, en espérant que le système immunitaire du patient soit assez réactif.

Des taux de mortalité élevés. L'absence de traitement entraîne des taux de mortalité assez élevés. Depuis l'apparition de la maladie en Jordanie en 2002, l'OMS a recensé 1.152 cas d'infection dont 434 décès. Un taux de mortalité qui avoisine les 50% mais qui englobe les débuts du virus lorsque, mal connu, il a pris de court le monde médical.

En 2015, la maladie, désormais bien cernée par les épidémiologistes, tue toujours mais avec moins de vigueur. En Corée du Sud, depuis le début de l'épidémie le 20 mai dernier, 154 personnes ont été contaminées et 19 "seulement" en sont mortes, soit un taux de mortalité d'environ 10%.

Le virus peut "s'humaniser". Les scientifiques l'ont démontré, le MERS se transmet principalement par les animaux. Et pour cause, le virus n'est aucunement adapté à l'homme et les cas humains sont jugés "accidentels" par les médecins. Les épidémiologistes ne peuvent cependant pas prévoir si le virus peut muter, et, si oui, quand il peut le faire. Des conditions nouvelles, par exemple l'accoutumance à l'humain dans un milieu hospitalier fermé, peut pousser le MERS-coronavirus à muter pour mieux s'adapter à son nouvel hôte.

Les personnes fragiles : les plus exposées. Si inquiétude il peut y avoir en France, c'est au sujet des personnes fragiles. Il a en effet été démontré que, comme pour d'autres virus (la grippe par exemple), seules des personnes âgées, des enfants et des personnes déjà porteuses d'autres pathologies meurent du coronavirus. Plus précisément, les patients souffrants de diabète, d'insuffisance rénale, de pathologie pulmonaire chronique ou porteuse du VIH sont les plus concernées par les décès.

#INUTILE DE S'INQUIÉTER

Des transmissions essentiellement par les chameaux... Si l'OMS adresse ses conseils à tous les pays, la France n'est pas la première menacée par l'épidémie. Le MERS-coronavirus est en effet surtout présent chez… les camélidés. Chameaux, dromadaires, lamas et alpagas sont en effet ceux qui transmettent le virus mortel aux humains. Infectés à l'origine par les chauve-souris, ce sont eux qui, au Moyen-Orient, sont à l'origine depuis 2002 de nombreuses infections. L'OMS demande donc d'éviter "de boire du lait de chamelle cru, de boire de l'urine de chameau, ou encore de consommer de la viande qui n'est pas assez cuite". Des recommandations que les Français n'auront aucun mal à respecter.

… et rarement entre humains. Mardi 16 juin, l'Allemagne a annoncé un décès chez un patient de 60 ans qui avait séjourné en février aux Émirats Arabes Unis. Pour autant, ce premier décès en Europe en 2015 "ne change pas notre évaluation des risques pour l'Europe", a déclaré Romit Jain, porte-parole du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies.

Si des "importations" sont possibles de la part de personnes qui voyagent dans les pays concernés par l'épidémie, les transmissions d'humains à humains ne sont possibles qu'en cas de contact très proche, comme par exemple lors de soins médicaux poussés. D'ailleurs, que ce soit dans la péninsule arabique ou encore en Corée du Sud, c'est dans les milieux hospitaliers que l'épidémie se répand. C'est pourquoi, des 200 personnes ayant côtoyé le patient allemand décédé et ayant été testées, aucune n'a été contaminée.

En France, un mort en 2013. La France n'a été touchée que deux fois par le virus. En avril 2013, un patient de 65 ans, infecté lors d'un voyage à Dubaï, s'était présenté à l'hôpital de Valenciennes où il était déjà suivi pour une maladie chronique. Transféré à Lille, il était mort le 28 mai. Mais lors de son séjour de quatre jours à Valenciennes, au moment où la maladie n'avait pas été détectée, il avait transmis le MERS à son voisin de chambre, depuis réchappé de la maladie.

Un protocole de prise en charge. En 2013, le Haut conseil de la santé publique (HCSP) avait publié plusieurs avis de recommandations à l'adresse des personnels médicaux. Republiés en avril dernier, ils proposent un protocole de prise en charge, quasiment identique à celui d'Ebola.

Si une d'infection par le MERS est confirmé, le malade doit être placé en chambre à pression d'air négative, c’est-à-dire que l’air est retenu à l’intérieur. Tout déplacement de fluides corporels vers l’extérieur de la chambre est ainsi rendu impossible. Un sas permet aux personnels médicaux de se vêtir d'équipements de protection à usage unique.

Des innovations médicales prometteuses ? Le MERS-coronavirus, tout comme Ebola, a le défaut d'avoir pris les médecins de court mais a l'avantage de booster, face à l'urgence, les expérimentations. En Corée du Sud, un essai clinique est actuellement en cours qui consiste à traiter les malades avec du plasma sanguin issu de personnes guéries. Ils bénéficient ainsi des anticorps produit spécifiquement contre le coronavirus. Une assistance respiratoire améliorée, déjà utilisée en France en 2013, permet aussi de baisser le risque de mortalité de 50%. Enfin, des chercheurs américains ont démontré sur des singes, la capacité de deux antiviraux : la ribavirine et l'interféron-alpha 2b, qui pourraient empêcher le virus de se reproduire. Il reste à les tester chez l'humain.