Médecins hospitaliers et laboratoires pharmaceutiques : comment éviter les conflits d’intérêts ?

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Médecins hospitaliers et laboratoires pharmaceutiques : comment éviter les conflits d’intérêts ?
Image d'illustration. @ BERTRAND GUAY / AFP
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Les médecins sont-ils influencés par les laboratoires pharmaceutiques ? Une enquête menée par l’AP-HP, publiée lundi, met en évidence des conflits d’intérêts.

De la transparence. Les médecins sont-ils influencés par les laboratoires pharmaceutiques ?C’est ce que confirme une enquête interne de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris (AP-HP) qui pointe les liens étroits qui existent entre les médecins et les laboratoires pharmaceutiques. Selon l’enquête, des mesures de transparence doivent être prises pour éviter les conflits d’intérêt.

Certains médecins flirtent avec la ligne jaune.L’enquête révèle qu’une partie des 10.000 médecins des hôpitaux de Paris flirte avec la ligne jaune en ce qui concerne leurs relations financières avec les industries pharmaceutiques. Les conclusions de l’enquête sont accablantes, par exemple, les déplacements des médecins parisiens à des congrès professionnels seraient financés à hauteur de 40 millions d’euros par an par les laboratoires. Certains médecins auraient par ailleurs des contrats avec des grands groupes, pour faire de la publicité déguisée pour leurs produits. Des pratiques qui peuvent choquer mais qui peuvent être évitées selon Michèle Rivasi, députée européenne et auteure du livre Le Racket des laboratoires pharmaceutiques et comment en sortir. Contactée par Europe1.fr, il y a, selon elle, quelques points sur lesquels on peut agir pour limiter les conflits d’intérêts entre les laboratoires pharmaceutiques et les médecins. Voici ses propositions :

  • Prescrire moins de médicaments. Pour Michèle Rivasi, si les médecins prescrivaient moins de médicaments, ils seraient moins dépendants des laboratoires pharmaceutiques. En effet, aujourd’hui, s’accumule parfois une longue liste de médicaments sur nos ordonnances, qui ne sont parfois par nécessaires.

  • Prescrire des génériques. Selon la législation en vigueur, un médicament (qu’on appelle princeps lorsqu’il est développé sous le nom d’une marque par un laboratoire, comme par exemple le Doliprane ou le Mediator), peut voir apparaître son générique après 20 ans de mise sur le marché. "70% des médicaments existent aujourd’hui sous forme de générique en France, mais sur les ordonnances, on en prescrit seulement 30%", assure Michèle Rivasi. Le problème, selon l’eurodéputée, vient du fait que "les médecins ne sont pas poussés à prescrire des génériques" car, selon elle, "les médecins sont manipulés par les visiteurs médicaux (les représentants des laboratoires pharmaceutiques qui vont à la rencontre des médecins pour leur présenter les nouveautés, ndlr". Résultat, il existe pour Michèle Rivasi "une relation incestueuse entre les laboratoires et les médecins qui sont donc tentés d’user du terme "non substituable" par un générique, quand ils écrivent le nom d’un médicament sur une ordonnance". En échange de ces prescriptions, les médecins "sont invités à des colloques, reçoivent des invitations pour des lancements, etc.", explique-t-elle.

  • Former les patients. Depuis le 1er janvier 2015, si un patient demande à un pharmacien le générique d’un médicament, celui-ci est obligé de lui fournir. Selon Michèle Rivasi, il y a donc urgence à former les patients qui ont souvent l’idée "que le médicament est plus efficace que le générique". Une idée qu’elle juge complètement fausse.

  • S’aligner sur les autres pays européens. "Les médicaments coûtent, en France, trois à dix fois plus cher que dans d’autres pays européens", affirme Michèle Rivasi. Le problème vient, selon elle, du CEPS, le Comité économique des produits de santé, qui fixe les prix des médicaments dans le pays. "Le problème du CEPS est qu’il se base sur des aspects économiques et non sanitaires", explique-t-elle avant d’ajouter que "le CEPS subit la pression des lobbys pharmaceutiques". La solution serait donc, pour Michelle Rivasi de cesser de rembourser les princeps (les médicaments avec des marques), plus cher que les médicaments génériques. Ainsi, chaque patient devrait mettre de sa poche pour payer la différence de prix entre un générique et son médicament. Mais pour cela, "il faudrait que Marisol Touraine fixe des nouvelles règles sur les prix des médicaments", explique Michèle Rivasi.


Tous ces leviers permettraient, non seulement, de réduire les relations "incestueuses" qui existent aujourd’hui entre les médecins et les laboratoires pharmaceutiques mais aussi de diviser le déficit de la Sécurité Sociale. Michèle Rivasi estime en effet que si on consommait en France 70% de médicaments génériques (contre 42,9% l’an passé), cela permettrait de réaliser dix milliards d’euros d’économie pour le régime de Sécurité Sociale. Mais pour cela, il faudrait que les grands laboratoires tels que Servier, Sanofi ou GSK cessent leur pression sur les laboratoires de génériques. Il n’est en effet pas étonnant, que ceux-ci empêchent ces laboratoires de sortir le générique de leurs médicaments phares, même si cela implique parfois des amendes de la part de la Commission européenne pour "pratiques anti-concurrentielles".