La greffe de matière fécale de plus en plus prise au sérieux

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La greffe de matière fécale de plus en plus prise au sérieux
E.Coli, la bactérie la plus présente dans l'intestin. @ Domaine public / Wikipedia
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Les études se multiplient et vont tous dans le même sens : la greffe d'excréments est porteuse de beaucoup d'espoirs. Mais jusqu'où ?

La greffe de matière fécale, ou "bactériothérapie fécale", suscite de plus en plus d'espoirs chez les scientifiques du monde entier. Le mois dernier, une première banque de selles a même ouvert en Europe, à Leyde, dans l'Ouest des Pays-Bas. Elle va permettre de récolter, traiter et distribuer plus efficacement le matériel nécessaire à ce type de greffe. Et de faire avancer la recherche en la matière. Le principe est simple : les excréments d'un donneur (qui doit être ultra-sain et compatible avec le receveur) sont prélevés puis introduit dans l'estomac d'un malade via une sonde ou une coloscopie, afin de lui transplanter des bactéries saines et de reconstituer sa flore intestinale.

>> A quoi sert vraiment cette greffe ? On vous en explique les vertus, de la plus à la moins avérée.

Un remède quasi-miracle contre le Clostridium difficile

C'est, pour l'heure, la seule infection face à laquelle la greffe de matière fécale est reconnue comme vraiment efficace : celle au Clostridium difficile. Cette bactérie se développe après un traitement antibiotique intense. Et dans environ 5% des cas, l'infection devient chronique et peut entraîner des diarrhées graves, voire la mort. Face à C.difficile, la greffe de matière fécale fonctionne dans huit cas sur dix. La flore intestinale saine du donneur permet en effet, dans de nombreux cas, d'éradiquer la bactérie devenue résistante aux antibiotiques.

En Chine, la technique existe depuis… le 6e siècle ! À la fin des années 1990, des chercheurs américains se sont penchés sur le sujet, ce qui a abouti à des techniques de greffe efficaces et plus confortables. Depuis 2012, deux banques de selles privées y ont d'ailleurs ouvert, dans le Massachusetts et en Californie. Les dons  sont rémunérés environ 30 euros (ce qui n'est pas le cas dans la banque néerlandaise qui vient d'ouvrir), ce qui rend attractif cette démarche qui l'est peu de prime abord. Avec un prélèvement, le donneur peut aider entre deux et cinq personnes. Et les banques parviennent à fournir la matière à des centaines d'hôpitaux répartis sur tout le territoire américain.

En France, où ce traitement contre C.difficile est reconnu par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) depuis 2014, des greffes sont pratiquées toutes les semaines dans certains hôpitaux. Comme il n'existe pas (encore) de banque qui généralise les donations d'excréments, ce sont les hôpitaux qui gèrent les prélèvements et organisent les appels aux dons, en fonction de leurs besoins. Le donneur doit respecter des conditions strictes, définies par l'ANSM, et prendre contact avec l'hôpital : il est déconseillé de faire le prélèvement chez soi, l'opération pouvant demander une préparation spécifique.   

De plus en plus d'espoirs face à d'autres infections de l'intestin

Mais il va peut-être bien falloir des donneurs plus nombreux, car la science se montre de plus en plus optimiste quant aux vertus de la transplantation fécale. L'hôpital Saint-Antoine, à Paris, teste depuis 2014  l'efficacité de ces greffes sur la maladie de Crohn, une pathologie inflammatoire chronique du tube digestif. Les résultats sont attendus dans le courant de l'année 2016. La banque de selles ouverte en février aux Pays-Bas vise aussi à améliorer la recherche en la matière.

En septembre dernier, une nouvelle étude américaine menée sur des souris, parue dans la revue Plos Pathogens, laissait également espérer que cette greffe pourrait permettre de lutter contre deux super-bactéries, particulièrement résistantes aux antibiotiques et souvent présentes dans les hôpitaux : l'Entérocoque faecium (ERV) et la Klebsiella pneumonia.

Une potentielle arme contre la malnutrition … et l'autisme ?

Mais la greffe de matière fécale pourrait servir à bien davantage que la lutte contre les bactéries intestinales. Le microbiote intestinal, composé de 100.000 milliards de micro-organismes, joue un rôle crucial pour le métabolisme. Une étude publiée le mois dernier dans Sciences démontrait qu'un microbiote sain transplanté chez un souriceau mal nourri pouvait limiter sa malnutrition, en améliorant la digestion. Quant aux tests menés actuellement à l'hôpital Saint-Antoine, ils ne visent pas seulement à lutter contre la maladie de Crohn, mais à en savoir le plus possible sur le microbiote et le potentiel de la greffe de matière fécale. Diabète, obésité, cancer du côlon ou du foie : les scientifiques placent des espoirs sans limite sur cette technique, même si absolument rien n'est démontré pour le moment. Cerveau et intestin étant liés, la transplantation fécale pourrait même jouer un rôle dans le traitement de certaines pathologies neurologiques, comme la maladie d’Alzheimer, l’autisme ou la dépression.


Bientôt des pilules de matière fécale ? Se faire transplanter les excréments d'un autre via son propre anus, et ce après une anesthésie générale, peut en rebuter plus d'un. D'où la volonté d'une équipe de scientifiques du Massachusetts General Hospital, à Boston, de mettre au point de la matière fécale en… pilules. Il s'agirait de matière fécale congelée, qui s'administrerait donc par voie orale. Testée en 2014 sur 20 patients, leur gélule a fonctionné pour 18 d'entre eux. D'autres tests doivent être menés sur davantage de patients.